Quelles priorités pour la recherche française ?

16/01-2004 à 18:10Les chercheurs français ne sont pas dans la rue mais presque. Ras-le-bol, paupérisation, fuite des cerveaux, emplois précaires. Au cours de la semaine, les commentaires alarmistes se sont succédé et amplifiés. S'infiltrant avec habileté dans ce nouveau combat contre la misère et la mondialisation, de nombreuses personnalités ont renforcé le discours des chercheurs, en critiquant vivement la stratégie du gouvernement. Dans ce contexte d'escalade, c'est l'ancien ministre de la Recherche, Claude Allègre, qui a décroché le ruban bleu du dérapage verbal, en déclarant que le gouvernement donnait la priorité aux marchands de canons plutôt qu'à la recherche. Comme souvent en France, ceux qui revendiquent sont perçus comme des " victimes du système " et bénéficient d'un a priori favorable de l'opinion. La présence parmi les pétitionnaires de quelques-uns des plus brillants cerveaux français a bien sûr donné une visibilité et une crédibilité énormes à cette manifestation.
Mais qu'en est-il ?
ALAIN PEREZ journaliste au service « High tech » des « Echos ,fait l'analyse suivante.

Aucun doute donc, la recherche publique française vit une période très difficile et jamais autant de scientifiques de haut niveau n'avaient tiré la sonnette d'alarme en même temps. Mais le combat que mènent les chercheurs pour tenir leur rang dans une compétition mondiale exacerbée se réduit-il à une question d'argent ? L'organisation de la recherche publique française est-elle à l'abri de toute critique ? Le contribuable français, qui finance à hauteur d'environ 9 milliards d'euros par an les laboratoires des organismes, en a-t-il pour son compte ? Quel est le rapport qualité-prix du système actuel et comment se compare-t-il aux autres pays développés ? Peut-on poser ces questions et plus encore obtenir des réponses argumentées sans prendre le risque d'être taxé d'ultra-libéral fossoyeur de la recherche publique ?


La mesure de la productivité de la recherche est un exercice complexe et risqué. Nombre de chercheurs refusent d'ailleurs purement et simplement cette approche au nom d'un argument simple et en partie vrai : la recherche et sa fille naturelle nommée découverte ne sont pas des activités comme les autres car totalement imprédictibles. Selon eux, ce binôme fertile échappe donc aux règles habituelles de l'économie. En réalité, tous les Etats cherchent légitimement à mesurer le « retour sur investissement » de leur système de recherche public. Pour établir ces classements, les experts prennent en compte trois paramètres, qui reflètent l'activité de la communauté des chercheurs : le nombre de publications acceptées dans des journaux scientifiques sélectionnés, l'impact de ces travaux au plan international et, accessoirement, le nombre de brevets déposés.


Plus que la valeur instantanée de ces paramètres, c'est leur évolution dans le temps qui donne du sens à la mesure. En d'autres termes, peu importe de connaître la précision du thermomètre, ce qui compte, c'est la variation de la température relevée au moins une fois par an. A condition d'utiliser toujours le même instrument, le suivi dans le temps de ces indices permet de révéler l'efficacité d'un organisme et plus encore d'assurer des comparaisons internationales. Vue sous cette loupe sans doute imparfaite mais acceptée par tous, la performance de la recherche publique hexagonale est très largement sous la moyenne mondiale.


Depuis le milieu des années 90, la science française n'a cessé de perdre du terrain, sur les plans quantitatif (nombre de publications écrites) et qualitatif (retentissement international de ces travaux). Selon les données comparatives de l'Observatoire des sciences et des technologies, la recherche britannique, notoirement la moins riche des trois grands pays européens, devance largement la France dans la plupart des disciplines phares : biologie, médical, chimie, sciences de l'univers, sciences pour l'ingénieur... Les chercheurs français conservent heureusement la tête en Europe dans une vieille tradition hexagonale : les mathématiques. Tous secteurs confondus, l'indice d'impact de la recherche fondamentale française est également en chute libre, et désormais très largement inférieur à la moyenne mondiale.


Deux « exceptions françaises » expliquent cette baisse de régime inquiétante et incontestable : le manque d'évaluation des travaux et le refus d'accepter une évidence historique : la recherche est une activité élitiste qui réclame les meilleurs. De ce point de vue, de nombreux chercheurs de haut niveau reconnaissent en privé que la fonctionnarisation du statut décidée il y a vingt ans a entraîné une calcification progressive d'une corporation désormais plus préoccupée par l'évolution de son statut que par l'envie de réussir une première mondiale. En d'autres termes, la recherche, autrefois terre de missionnaires de la science infatigables et ambitieux, est devenue au fil des ans un simple bassin d'emplois. Certes, il reste d'incontestables champions de niveau mondial, mais, globalement, le niveau moyen est en baisse continuelle depuis une dizaine d'années.


Les jeunes chercheurs français qui réclament, souvent à juste titre, des salaires et des conditions de travail « à l'américaine » oublient l'extrême rigueur de la vie d'un chercheur installé à Boston ou à San Diego. Outre-Atlantique, la concurrence entre équipes et l'omniprésente « culture de projet » imposent des pressions très fortes et continuelles sur les acteurs de la recherche publique ou privée. Cette culture du résultat où rien n'est jamais acquis entraîne aussi des remises en question brutales et des abandons sans appel. Le statut de fonctionnaire vient couronner les meilleurs, au terme d'une carrière bien remplie, et n'est jamais un préalable.


La communauté scientifique française, habituée aux règles tranquilles de la cooptation et de l'évaluation « en famille » est-elle prête à accepter ces contraintes ? Les difficultés d'introduction d'un minimum de flexibilité dans le système montrent que le statut de fonctionnaire reste un aimant très puissant voire déterminant dans le choix de la carrière. « Ceux qui sont le plus accrochés à leur statut sont rarement les plus brillants. Les chercheurs français qui partent aujourd'hui aux Etats-Unis ne sont pas à la poursuite d'un emploi stable. Ils partent dans de bonnes conditions, avec un contrat de cinq ans. Leur but est de travailler dans une équipe de niveau mondial », indique le directeur général d'un établissement de recherche. Dans ce contexte, la marge de manoeuvre du gouvernement est mince. Pour de nombreux observateurs, la meilleure solution consisterait sans doute à lâcher un peu de lest sur le budget pour désamorcer le conflit, en exigeant des chercheurs publics français qu'ils s'alignent progressivement sur les critères internationaux.






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16/01-2004 à 18:30Merci SANCUGAT, pre l'info (+)


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Guillemette
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Quelles priorités pour la recherche française ?
16/01-2004 à 21:13Merci (+)

De ce point de vue, de nombreux chercheurs de haut niveau reconnaissent en privé que la fonctionnarisation du statut décidée il y a vingt ans a entraîné une calcification progressive d'une corporation désormais plus préoccupée par l'évolution de son statut que par l'envie de réussir une première mondiale.

Je trouve dommage que cet article ne soit pas argumenté par des exemples concrets et des statistiques.... "de nombreux chercheurs... " qui? combien? ... "a entraîné une calcification progressive "... mesuré comment?.... etc... La situation décrite est peut-être réelle, je ne peux en juger faute de connaissance concrète de ce milieu, mais on peut aussi se poser la question de l'objectivité de ce M. PEREZ.....

16/01-2004 à 21:33Je suis tout à fait d'accord avec l'analyse de ce Perez. Merci de nous l'avoir transmise. (+)

19/01-2004 à 10:51J'ai reçue ça, hier, d'1 de mes belle-soeur :

Le 9 janvier , la liste "impressionnante" des chercheurs signataires de
la pétition était de 3000-4000. Ce soir , soit une semaine après seulement ,
les signataires sont
exactement : 15.666 ...
Depuis ce matin , une "pétition de soutien" à ce mouvement est proposée en
cliquant sur : www.glorfindel.org
cette adresse est donnée sur le site "recherche-en-danger"



Vous n'appartenez pas au secteur professionnel de la recherche , vous
n'êtes
pas enseignant des Universités mais vous comprenez que nous luttons pour
préserver la recherche fondamentale publique, garante de la vitalité
intellectuelle de notre pays et de sa place dans le monde de demain. Vous
avez pris connaissance de la lettre "Sauvons la recherche"
(recherche-en-danger.apinc.org) , vous reconnaissez l'analyse de la
situation qui y figure et soutenez l'action des signataires. Vous pouvez
signer ci-dessous une liste citoyenne de soutien à cette action:
[LIEN] http://www.glorfindel.org/ [/LIEN]


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Guillemette
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Quelles priorités pour la recherche française ?
19/01-2004 à 10:56ha ! enfin ! on sait compter sur nos doigts jusqu'à 10 mais on n'est pas racistes, on aurait pu signer nous aussi ! [:D]


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JO 2008, PEKIN : "1 pays, 2 dictatures", censure du web, nettoyage ethnique au Tibet, recul démocratique à Hong-Kong et Macao, violations des Droits de l'Homme, esclavage, soutien de dictatures : Corée du Nord, junte militaire birmane, sida et p


19/01-2004 à 11:00ah non, désolé, c'est interdit aux ignares ou bien je ne sais pas lire image image


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JO 2008, PEKIN : "1 pays, 2 dictatures", censure du web, nettoyage ethnique au Tibet, recul démocratique à Hong-Kong et Macao, violations des Droits de l'Homme, esclavage, soutien de dictatures : Corée du Nord, junte militaire birmane, sida et p


02/03-2004 à 17:00Juste un petit mot d'un ancien chercheur.

Les résultats sont imprédictibles, certes, mais ont peut grandement les améliorer en pratiquant une exploration systématique des différentes pistes praticables... ce qui demande beaucoup de moyens, de patience, et d'abnégation.

Au USA, tout cela est disponible : par exemple et depuis des décennies, se développe au MIT des études robotiques sur la locomotion animale : impressionnant !
C'est cher, ça tâtonne, ça avance ici et recule là : c'est du long terme, ça marche à coup de subventions, en attendant de passer le bébé au privé.
Le but ? Entre autres supprimer les véhicules à roues pour des engins montés sur pattes, avec les gains incroyables à réaliser sur les infrastructures de transport.
Personne n'a encore vu une bagnole en sortir, même en dessin, mais l'idée est là, ils cherchent et ils finiront par trouver quelque chose profitablement utilisable .

C'est un peu ça, la magie américaine : ils savent faire ce qu'il faut quand il faut pour obtenir un résultat concret et positif ; même des interventions importantes et significatives de l'état. Pendant ce temps, nous les singeons sans prendre les mesures nécessaires, congelés dans les principes inconciliables du tout état ou du zéro état, sans comprendre que le mariage des deux est la meilleure des choses.

Pour l'instant, il convient de relancer une mécanique grippée, avec un bon coup de carburant monétaire et de lubrifiant réglementaire.
Sans cela et dans 10 ans, l'Europe a toutes les chances des'endetter encore pour utiliser des brevets américains ou asiatiques.

Moi, je continuerai de cultiver mon jardin, et de regarder le soleil se lever derrière la plus belle chênaie d'Europe, en rêvant du passé pour ne pas pleurer sur l'avenir.
Amitiés à tous et vive Linux et les GNU.

JiF


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Vis comme si tu devais mourir demain, apprends comme si tu devais vivre toujours


Quelles priorités pour la recherche française ?
02/03-2004 à 18:51les chercheurs avaient déjà une sortie momentannée possible pour promouvoir, exploiter commercialement un brevet issu de leurt propre découverte. ça marche ils peuvent rester dehors si ça marche, revenir au CNRS si ça marche pas ou si ça les interesse plus. je me trompe ?

c'était déjà une bonne idéée non ?


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02/03-2004 à 19:10à propos de la fuite des cerveaux: sait-on si si le manque de cerveaux est réellement dû à une fuite, ou à un problème d'études qui assurent une formation moins bonne ?


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le bonheur n'est pas au bout du chemin, il EST le chemin
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02/03-2004 à 19:44Bonjour à tous

Encore une petite couche.
Source AFP
"La cour des comptes vient d'ailleurs d' assassiner la politique française en matière de recherche.dans son rapport (chapitre 5)rendu public mercredi 4 février.
L'introduction du chapitre consacré à la recherche est lapidaire. La cour dénonce en vrac :
l'inconstance des politiques,
la gestion centralisée des dépenses,
l'imprévoyance de l'état en matière de ressources humaines quand il s'est lui même emparé de cette gestion en transformant les chercheurs en fonctionnaires...
En plus, les organismes de recherches accumulent des réserves financières car ils manquent de visibilité sur la politique et les orientations à venir, tandis que le ministère opère une forte régulation des crédits et reproche aux organismes une thésaurisation des moyens et un manque de flexibilité.

Ce constat sur l'état de notre recherche est inquiétant alors même qu'il suit d'autres critiques quant à la gestion de certains organismes (le CNRS pour ne pas le nommer), et la politique de sédentarisation des chercheurs via leur statut.

Si l'on devait résumer, nous devons faire face à des structures sclérosées conçues dans les années 70 et qu'aucun gouvernement n'aura su ou voulu faire évoluer ou inscrire dans un mouvement durable depuis plus de 20ans... "

Un constat amer quand on sait que c'est de notre capacité à innover que dépend notre avenir en terme d'emplois et de rayonnement mondial.


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Quelles priorités pour la recherche française ?
02/03-2004 à 19:49Ou encore

Les présidents d'université souhaitent être associés à la réflexion sur la crise de la recherche
LE MONDE | 20.02.04 | 14h03 • MIS A JOUR LE 20.02.04 | 16h02

"La Conférence des présidents, réunie les 19 et 20 février à Bordeaux, juge vital de réorganiser les rapports entre les universités et les grands organismes publics, comme le CNRS.
Le modèle français de la recherche est en crise. Et les présidents d'université présents au colloque sur "l'avenir de la recherche en France", organisé par la Conférence des présidents d'universités (CPU) à Bordeaux, les jeudi 19 et vendredi 20 février, ont insisté sur l'urgence de le réformer en profondeur pour qu'il reste compétitif dans l'environnement international.

A côté des problèmes budgétaires mis en lumière par le collectif "Sauvons la recherche", c'est l'organisation même de la recherche en France qui pose problème. "Ces moments de crise auxquels nous assistons sont dus à un sous-financement largement reconnu de ce pan entier du secteur public et à l'articulation trop complexe et parfois peu efficace des systèmes et institutions en charge de la recherche", a estimé, jeudi, Michel Laurent, vice-président de la CPU
.....suite www.lemonde.fr/web/article/0,1-0@2-3226,36-353710,0.html


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