Aucun doute donc, la recherche publique française vit une période très difficile et jamais autant de scientifiques de haut niveau n'avaient tiré la sonnette d'alarme en même temps. Mais le combat que mènent les chercheurs pour tenir leur rang dans une compétition mondiale exacerbée se réduit-il à une question d'argent ? L'organisation de la recherche publique française est-elle à l'abri de toute critique ? Le contribuable français, qui finance à hauteur d'environ 9 milliards d'euros par an les laboratoires des organismes, en a-t-il pour son compte ? Quel est le rapport qualité-prix du système actuel et comment se compare-t-il aux autres pays développés ? Peut-on poser ces questions et plus encore obtenir des réponses argumentées sans prendre le risque d'être taxé d'ultra-libéral fossoyeur de la recherche publique ?
La mesure de la productivité de la recherche est un exercice complexe et risqué. Nombre de chercheurs refusent d'ailleurs purement et simplement cette approche au nom d'un argument simple et en partie vrai : la recherche et sa fille naturelle nommée découverte ne sont pas des activités comme les autres car totalement imprédictibles. Selon eux, ce binôme fertile échappe donc aux règles habituelles de l'économie. En réalité, tous les Etats cherchent légitimement à mesurer le « retour sur investissement » de leur système de recherche public. Pour établir ces classements, les experts prennent en compte trois paramètres, qui reflètent l'activité de la communauté des chercheurs : le nombre de publications acceptées dans des journaux scientifiques sélectionnés, l'impact de ces travaux au plan international et, accessoirement, le nombre de brevets déposés.
Plus que la valeur instantanée de ces paramètres, c'est leur évolution dans le temps qui donne du sens à la mesure. En d'autres termes, peu importe de connaître la précision du thermomètre, ce qui compte, c'est la variation de la température relevée au moins une fois par an. A condition d'utiliser toujours le même instrument, le suivi dans le temps de ces indices permet de révéler l'efficacité d'un organisme et plus encore d'assurer des comparaisons internationales. Vue sous cette loupe sans doute imparfaite mais acceptée par tous, la performance de la recherche publique hexagonale est très largement sous la moyenne mondiale.
Depuis le milieu des années 90, la science française n'a cessé de perdre du terrain, sur les plans quantitatif (nombre de publications écrites) et qualitatif (retentissement international de ces travaux). Selon les données comparatives de l'Observatoire des sciences et des technologies, la recherche britannique, notoirement la moins riche des trois grands pays européens, devance largement la France dans la plupart des disciplines phares : biologie, médical, chimie, sciences de l'univers, sciences pour l'ingénieur... Les chercheurs français conservent heureusement la tête en Europe dans une vieille tradition hexagonale : les mathématiques. Tous secteurs confondus, l'indice d'impact de la recherche fondamentale française est également en chute libre, et désormais très largement inférieur à la moyenne mondiale.
Deux « exceptions françaises » expliquent cette baisse de régime inquiétante et incontestable : le manque d'évaluation des travaux et le refus d'accepter une évidence historique : la recherche est une activité élitiste qui réclame les meilleurs. De ce point de vue, de nombreux chercheurs de haut niveau reconnaissent en privé que la fonctionnarisation du statut décidée il y a vingt ans a entraîné une calcification progressive d'une corporation désormais plus préoccupée par l'évolution de son statut que par l'envie de réussir une première mondiale. En d'autres termes, la recherche, autrefois terre de missionnaires de la science infatigables et ambitieux, est devenue au fil des ans un simple bassin d'emplois. Certes, il reste d'incontestables champions de niveau mondial, mais, globalement, le niveau moyen est en baisse continuelle depuis une dizaine d'années.
Les jeunes chercheurs français qui réclament, souvent à juste titre, des salaires et des conditions de travail « à l'américaine » oublient l'extrême rigueur de la vie d'un chercheur installé à Boston ou à San Diego. Outre-Atlantique, la concurrence entre équipes et l'omniprésente « culture de projet » imposent des pressions très fortes et continuelles sur les acteurs de la recherche publique ou privée. Cette culture du résultat où rien n'est jamais acquis entraîne aussi des remises en question brutales et des abandons sans appel. Le statut de fonctionnaire vient couronner les meilleurs, au terme d'une carrière bien remplie, et n'est jamais un préalable.
La communauté scientifique française, habituée aux règles tranquilles de la cooptation et de l'évaluation « en famille » est-elle prête à accepter ces contraintes ? Les difficultés d'introduction d'un minimum de flexibilité dans le système montrent que le statut de fonctionnaire reste un aimant très puissant voire déterminant dans le choix de la carrière. « Ceux qui sont le plus accrochés à leur statut sont rarement les plus brillants. Les chercheurs français qui partent aujourd'hui aux Etats-Unis ne sont pas à la poursuite d'un emploi stable. Ils partent dans de bonnes conditions, avec un contrat de cinq ans. Leur but est de travailler dans une équipe de niveau mondial », indique le directeur général d'un établissement de recherche. Dans ce contexte, la marge de manoeuvre du gouvernement est mince. Pour de nombreux observateurs, la meilleure solution consisterait sans doute à lâcher un peu de lest sur le budget pour désamorcer le conflit, en exigeant des chercheurs publics français qu'ils s'alignent progressivement sur les critères internationaux.
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Guillemette
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Je trouve dommage que cet article ne soit pas argumenté par des exemples concrets et des statistiques.... "de nombreux chercheurs... " qui? combien? ... "a entraîné une calcification progressive "... mesuré comment?.... etc... La situation décrite est peut-être réelle, je ne peux en juger faute de connaissance concrète de ce milieu, mais on peut aussi se poser la question de l'objectivité de ce M. PEREZ.....De ce point de vue, de nombreux chercheurs de haut niveau reconnaissent en privé que la fonctionnarisation du statut décidée il y a vingt ans a entraîné une calcification progressive d'une corporation désormais plus préoccupée par l'évolution de son statut que par l'envie de réussir une première mondiale.
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JO 2008, PEKIN : "1 pays, 2 dictatures", censure du web, nettoyage ethnique au Tibet, recul démocratique à Hong-Kong et Macao, violations des Droits de l'Homme, esclavage, soutien de dictatures : Corée du Nord, junte militaire birmane, sida et p
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