19/01-2005 à 01:35je ne vous envois pas chez moi, ça ferait désordre
alors je vous le balance
bonne lecture
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RAYMOND
Raymond est un grand échalas, toujours habillé dun jean, d'un pull rayé, il ressemble à Monsieur tout le monde.
Raymond a la tête de tout le monde ; une petite barbille comme un lacet qui pend à son menton, une petite queue de cheval termine une calvitie avancée malgré ses 35 ans.
Raymond vit dans la cité ; dans un appartement encastré parmi des milliers d'autres, construits à la va-vite dans les années où il fallait un toit pour tout le monde.
Raymond est marié ; avec Sylvie, une fille superbe, d'une beauté rare qui s'ignore, quelque soit la façon dont elle s'habille, Sylvie a toujours l'air d'une vedette qui se serait déguisée en prolo pour passer inaperçue. L'alchimie de l'amour a fait que Sylvie n'a d'yeux que pour Raimond. Sylvie ne travaille pas, toutes ses journées sont consacrées à son intérieur, à s'occuper de Marianne et de "Son Raymond".
Raymond et Sylvie ont une petite fille ; Marianne, un petit bout de chou de 5 ans aussi mignonne que sa mère. On ne sait pas si Marianne sait marcher, parce qu'elle se promène toujours sur les épaules de Raymond.
Raymond travaille à la fabrique, "un boulot à la con , mais faut bien bouffer", comme il dit. Le maigre salaire de la fabrique ne lui permet pas de faire des folies, juste de quoi survivre pour y retourner le lendemain.
Raymond a des petites habitudes, le dimanche c'est le tiercé, il rejoint des potes de boulot au CELTIC, quand il revient, il sent l'anis ou la bière en fonction des saisons. Sylvie ne dit rien, Raymond n'as pas le vin mauvais ; elle sait qu'il va se mettre devant la télé et dormir, pour cuver un peu, puis comme par miracle, il ouvrira un oeil à l'heure du tiercé. Après, comme d'habitude Raymond ira jeter ses tickets de PMU, en marmonnant toujours la même réflexion : " Putain de Canasson".
Raymond a déjà gagné au tiercé, il y a longtemps, une petite somme, il s'est acheté un voiture, et comme il sait que son salaire ne lui permettrait pas den racheter une autre, il s'en sert très peu. Elle est dans un garage à au moins trois quart d'heure de marche de chez lui. Il ne la sort que pour aller faire le ravitaillement à l'hyper, pour se promener le dimanche de temps en temps, et pour aller en vacances.
Les vacances, c'est sacré pour Raymond, il va toujours au même endroit, une espèce de camping de troisième zone en dessous de la Bretagne. La mer est à une heure de marche, l'après midi ils la passent sur la plage, Marianne s'amuse avec les gosses de son âge, Sylvie sous un parasol dévore des romans a l'eau de rose, et Raymond reste assis là, en bermuda à fleurs, un bob enfoncé jusqu'aux oreilles, les yeux cachés derrière des lunettes de soleil à regarder passer des minettes en string.
Avec la vie de Raymond, il n'y pas de quoi écrire un roman, c'est le morceau d'un puzzle qui le dépasse comme probablement des millions de gens de sa condition.
Un jour un pavillon en face de la cité a pris feu. Et comme bien souvent, les flammes vont beaucoup plus vite que les pompiers. Quand ceux-ci sont arrivés, le pavillon était déjà presque totalement embrasé et les flammes laissaient une fumée noire et une odeur acide dans tout le quartier.
Une femme retenue par des badauds se débattait pour se jeter dans le brasier en hurlant " Véro, sauvez ma Véro"
Un pompier essaya de la calmer en lui expliquant qu'un de ses collègues était parti pour sortir sa "Véro" de cet enfer. En effet un autre soldat du feu se dirigeait déjà vers le brasier, pendant que les autres déballaient et branchaient des tuyaux dans tous les sens qui n'avaient rien d'hasardeux.
Le sauveteur s'approcha du pavillon pour y pénétrer lorsqu'il s'arrêta net devant l'entrée. La fumée grasse qui s'échappait, s'écarta pour s'ouvrir comme une plaie béante d'où apparut Raymond.
Les cheveux roussis, il tenait dans ses bras brûlés par les flammes, une grosse couverture enroulée, il s'approcha de la femme en pleurs qui pour l'heure ne disait plus un mot, il écarta la couverture pour en sortir un petite fille qui dormait encore, la mit dans les bras de la muette stoïque, et s'effondra sur le trottoir.
Raymond resta 15 jours à l'hôpital, 15 jours pendant lesquels il eût plein de visites de gens qu'il ne connaissait pas. Parmi eux, Monsieur le Maire en personne, qui l'informa que dés qu'il serait remis, une cérémonie officielle serait organisé pour lui remettre une récompense pour son geste.
Quand je grand jour arriva, Raymond était là, au premier rang vêtu d'un superbe costume noir loué pour l'occasion tenant dans ses mains une petit boîte blanche, Sylvie était rayonnante dans une robe bleu marine qui accentuait encore plus sa beauté naturelle, la petit Marianne tenait la main de sa mère en regardant des ses grands yeux bleus tous ces gens qui allaient et venaient en l'effrayant un peu.
Tout le gratin était là, le maire, le préfet, et même un représentant du gouvernement en la personne d'un secrétaire d'un ministère quelconque.
Tout le monde y alla de son discours, grand déballage de langue de bois, vantant le geste désintéressé du héros du jour, balançant au passage quelques mots sur des budgets de ceci, des initiatives à propos de cela. Un peu de campagne électorale au passage, cela ne peut faire de mal.
A la fin de tout ce déballage Raymond fût invité à monter sur scène pour recevoir sa récompense.
On lui passa une belle médaille autour du cou, on lui remit un diplôme attaché avec un ruban rouge.
On l'invita à prendre la parole.
Raymond s'approcha du pupitre au milieu de la scène, y déposa la petit boîte blanche qu'il tenait toujours en main, il fit un sourire et un geste de la main a ses copains de bistrot tous assis dans le même coin, et qui gesticulaient dans tous les sens, avec des clins d'oeil, les deux pouces levés.
Raymond ouvrit la petit boîte, en extirpa une canette de bière, l'ouvrit, avala d'une traite son contenu ocre et mousseux, s'approcha du micro, lâcha un énorme rot, et dit :
Je vous emmerde, tous !
Raymond descendit de la scène, se dirigea vers sa petit fille qu'il mit sur ses épaules, et prit la direction de la sortie en tenant sa femme par la main, sous les applaudissements nourris des ses copains de bistrot qui hurlaient : Raymond, Raymond, Raymond........
Une fois sur le parvis de la mairie, sa fille se pencha vers son oreille et lui dit :
On t'aime mon papa.
Sylvie posa sa tête contre son bras, en lui susurrant :
Et nous on ne fait pas semblant...................
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