05/02-2005 à 10:11toujours dans la meme veine, je suis sur que vous connaisez tous ce monsieur P
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Mr P
Monsieur P., c'est le boss. Tout se qui se fait dans l'atelier ne peut se faire sans la signature de monsieur P.
Il nous a été parachuté, il y a bientôt deux ans, par la direction générale, en remplacement d'un ancien dont la date d'utilisation était dépassée.
Monsieur P.est toujours là le mardi soir. Pourquoi ? On n'en sait rien. Il est là, c'est tout. Je le soupçonne de ne pas supporter ses gosses et, obligé de les avoir sur le dos toute la soirée, puisqu'il n'y a pas école le lendemain, il joue les prolongations dans son burlingue. Grand bien lui fasse !
Monsieur P. est un gestionnaire. Ce qui se passe dans l'atelier, il s'en fout comme de sa première chemise. Ce qui compte pour lui, ce sont les chiffres : si les chiffres sont bons, tout va bien. Il s'en tamponne le coquillard de savoir que, pour avoir de bons chiffres, vous soyez emmerdé. Cest le résultat qui compte, la façon de faire n'a pas d'influence sur son jugement.
Monsieur P. est un carriériste. Ce qu'il vise est tout en haut. Lentreprise il s'en balance, ça n'est qu'un tremplin pour sa gloire, une passerelle pour sa prospérité, le Cap.Canaveral d'où partira la navette de ses espoirs, en direction de la stratosphère de son bien-être. De là, il pourra contempler la planète de sa réussite sociale.
Monsieur P., on ne discute pas avec lui, on dialogue. Son premier discours, lors de sa prise de pouvoir, a été pour nous expliquer qu'il allait révolutionner l'atelier, pour que celui-ci puisse, enfin, libérer son potentiel.
Il était temps qu'il arrive pour nous sauver, dîtes donc ! Quand l'atelier a été construit, monsieur P.devait encore gigoter dans le slip de son père. Depuis lors, on lattendait et soudain, miracle, IL est enfin là !!!
Sa révolution a consisté à mettre en place une immense pyramide de travail virtuel, en même temps que des tonnes de papiers, rapports, procédures et autres certificats, qui ont recouvert tout l'atelier de leur ombre, le faisant ressembler, désormais, à un hall d'exposition d'art moderne.
Maintenant, rien ne se fait sans qu'il n'y ait un document à remplir. Belle avancée !
Et pourtant, rien n'a changé. La production stagne, la qualité ne s'est pas améliorée, et ses copains les chiffres ne lui ont pas offert la jouissance tant attendue, pour laquelle il s'était préparé toute sa vie. Quelle déception !
Quand il eut fini de patauger dans sa bureaucratie, il se décida, enfin, à faire appel à nous, les collaborateurs d'atelier, comme il dit. Collaborateurs auxquels il tint un langage dont il a le secret, avec des arguments chocs :
" Messieurs, ils serait bon que chacun de nous prenne conscience du potentiel de notre unité, et fasse en sorte, qu'ensemble, nous soyons capables d'assurer sa pérennité. Et je suis près à m'investir pour vous accompagner dans cette démarche "
En français courant, cela signifie quelque chose du genre : « Au secours, aidez moi, sinon je saute ! »
Mais comment veut-il qu'on l'aide ? Il n'a jamais rien compris. Nous, on voulait des solutions à nos problèmes, lui, il arrive avec SES solutions, cherchant désespérément les problèmes qui pourraient justifier leur mise en place.
Nous, on travaille dans un atelier réel, qui crée un produit réel, capable d'être commercialisé. Lui, il travaille dans un atelier virtuel, sur son ordinateur qui ne produit que des graphismes et des statistiques, dont le seul avenir, après être passés entre les mains de la direction, en témoignages de son implication intense dans la vie de la société, sera, dans le meilleur des cas de finir aux archives, au pire, à la poubelle.
Pour pénétrer dans l'atelier, nous utilisons la même porte d'entrée mais, une fois à l'intérieur, selon tout évidence, nous ne sommes plus dans le même lieu.
Ne parlant pas le même langage, il est difficile de se comprendre, donc difficile de s'entendre.
Le langage de monsieur P. ? Il est constitué de termes choisis dans le catalogue du parler industriel, entrecoupés de sigles tous plus étranges les uns que les autres, tels que TRS, AMDEC, 5S, SPC, 8D, etc
Au début je croyais que c'était du SMS, vu qu'il est venu au monde avec un portable à la place de l'oreille droite. Mais non !!! C'est le langage de monsieur P., c'est tout. Ou SMS veut dire : Se Méfier du Système.
Nous, on écoute, l'air intéressé, relançant le dialogue quand il s'essouffle. Dans notre tête, il n'y a qu'une chose qui compte : lui montrer qu'on est tous avec lui. Cela le rassure, et nous, durant ce temps, on est bien au chaud dans la salle de réunion !
Ayant eu l'occasion d'un dialogue en tête à tête avec lui, sur son initiative bien sûr, je me suis rendu compte d'une chose que j'ignorais complètement : monsieur P. ne sait pas compter ! Ce qui peut paraître bizarre, vu le niveau d'instruction qu'il est sensé posséder. Mais pourtant c'est vrai, IL NE SAIT PAS COMPTER !!!!!!!!
Pour lui 1 plus 1 ça fait 2 !! Pour la majorité des gens aussi, remarquez bien. Pour moi itou, quand je compte combien il me reste de pièces de 20 centimes qui deviendront autant de cafés, avant que la journée ne soit finie. Mais dans l'industrie, tout du moins dans mon atelier, NON, 1 plus 1 ne font pas obligatoirement 2. Mon atelier, c'est le domaine des mathématiques conditionnelles.
Petite explication pour ceux qui n'auraient jamais eu le bonheur de jongler avec cette matière étrange. Si je devais donner la définition des mathématiques conditionnelles, pour que celle-ci soit inscrite dans un dictionnaire, je dirais : les mathématiques conditionnelles sont un système de calcul, dont les éléments du calcul, et l'environnement dans lequel il seffectue, ont autant d'influence sur le résultat que le calcul lui même.
Pas compris ?
Un exemple. Petit problème de mathématiques conditionnelles : combien font 1 glaçon plus 1 glaçon dans un verre de pastis en plein soleil ?
Réponse : si vous allez assez vite, 1+1=2. Si vous perdez du temps dans la manipulation du bac à glaçons 1+1=1. Mais de toute manière, cela finira toujours par 1+1=0
Voilà si vous avez compris ça, vous avez tout compris. Pour monsieur P., deux machines qui travaillent 4 heures, cela fait 8 heures de production. Or, si c'est le même employé qui travaille sur les deux machines, cela ne fait que 7 heures 30, parce qu'il aura perdu une demi-heure pour passer d'une installation à l'autre.
Dans ce cas de figure, monsieur P.passera tout un mardi soir, en plus d'échapper à ses gosses, à manipuler le dernier programme de gestion à la mode, sur son PC, afin de retrouver cette demi-heure perdue. Au pire il engagera un bureau d'études, payé à prix d'or, pour la lui retrouver.
On vit une époque formidable
Monsieur P.est formidable
Monsieur P. ne s'en sortira pas
.
nota : 6 mois après l'écriture de texte, Mr P a été placé dans un placard doré d'où il s'échappa en donnant sa démission. Le jour de son départ il avait le sourire, c'était la première fois
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