27/08-2006 à 12:19Réponses point par point
(je me permets. Même si certains vont encore dire que je ramène ma science, mais par profession, j'ai eu (et j'ai encore l'occasion) de pas mal me frotter aux astronomes et à l'astronomie.
Hamid :
On ne peut pas envoyer une sonde vers Pluton parce que cette planète est très loin
une sonde est de toute façon déjà partie et atteindra Pluton le 14 juillet 2015.
Maric :
mais plutôt le fric que cette décision a coûté : réunir tous ces scientifiques (prix du transport), les garder au chaud deux-trois jours
cette décision n'a strictement rien coûté, en soi, puisque l'UAI - comme tous les organismes internationaux - organise des réunions régulières et des congrès tous les trois ans. Plus des réunions de commission spéciales (celle préparatoire sur le problème de qualification des nouvelles/anciennes planètes s'est tenue très discrètement à Paris, fin juin dernier, du reste).
C'est le travail et le mode de fonctionnement dans toutes les branches scientifiques.
SI tu tiens absolument à enculer les mouches, il me semble que ce genre de réunion ou de congrès coûte plutôt moins cher que certains sommets (G8 ou Davos) pour des résultats plus concrets.
(A Prague, on n'a pas discuté QUE de savoir si Pluton était ou non une planète).
Mais sinon, l'argument "honteux tout ce fric dépensé pour rien" est parfaitement populiste et déplacé.
SI des scientifiques restent discrets et ne coûtent quasiment rien à la communauté nationale ou internationale, ce sont bien les astronomes.
Seventies :
Oui mais, ...
Américains ou pas, ce corps céleste a été découvert non pas par hasard, mais par calcul, à partir des anomalies des planètes extérieures du système solaire
sauf que... la découverte s'est quand même faite par hasard : Clyde Tombaugh avait eu beau chercher pendant des mois à partir des coordonnées calculées par Percival Lowell au début du siècle, il ne trouvait rien... Normal, les calculs de Percival Lowell étaient faux !
Il a découvert Pluton dans un tout autre endroit du ciel (très en dehors de l'écliptique) absolument par hasard - ou plutôt par persévérance.
Du reste, on s'est assez rapidement rendu compte que ce n'était pas Pluton qui altérait l'orbite de Neptune mais l'inverse.
Lowell cherchait d'ailleurs une planète tellurique de bonne taille (la fameuse "planète X", d'une taille estimée équivalente à la Terre) située DANS LE PLAN DE L'ECLIPTIQUE (comme toutes les autres).
Or Pluton est toute petite, circule selon une orbite très elliptique - qui la ramène parfois EN-DECA de l'orbite de Neptune - fortement inclinée sur l'écliptique...
A ce titre, CERES (plus grosse, orbite quasi-circulaire, sagement dans le plan de l'écliptique) n'avait en définitive pas volé le statut de planète qu'elle eut pendant toute la première moitié du XIXe siècle (d'autant que sa distance au soleil correspondait à celle calculée empiriquement par une formule donnant l'écartement des distances des diverses planètes : Cérès tombait pile où il fallait.
Grolou :
par vote à main levée
le mode de vote préféré des manipulateurs de tout poil.
ben voyons, ça ne mange pas de pain de lancer ce genre d'anathème.
Tu n'as pas dû avoir l'occasion de fréquenter (ou même simplement de croiser) des physiciens et autres chercheurs de haut niveau. Quand il y a manipulation - et il y en a, ce sont des hommes comme les autres - elle ne se fait sûrement pas au niveau des congrès publics (mais par exemple au niveau des référents lors de la présentation d'un article, ou au niveau de l'attribution des bourses et/ou subventions).
Par ailleurs, ce débat sur Pluton a été un peu artificiellement monté en épingle par la presse (qui n'a pas grand-chose à raconter d'intéressant dans la rubrique astronomie : il faut dire que les journalistes spécialisés en ce domaine se comptent sur les doigts des deux mains... j'en ai fait très fugitivement partie, ils sont une grosse trentaine en France). Pour les astronomes, c'était surtout une question de terminologie, guère plus. Or celles-ci se posent CONSTAMMENT dans tous les domaines (dans quelle catégorie classer cette étoile, cet amas, cette supernova, cette céphéïde, ce quasar ou ce phénomène nouveau..., comment baptiser ce relief ou cet accident géologique sur telle ou telle planète, et cette traînée : est-ce une coulée de lave, un écoulement liquide, un éjecta, etc.).
En outre, elle évolue (en sciences, répétons-le, rien n'est jamais figé.
Enfin, faut-il rappeler les débats (homériques) avant d'établir une définition précise (et les coordonnées célestes de leur aire de délimitation) des 88 constellations (sans oublier leur dénomination : il y a un siècle encore, par exemple, les Voiles, la Poupe et la Carène étaient regroupées dans la constellation du navire Argo...)?
Lucke :
c'est le fait qu'il faille voter pour décider si c'est une planète ou non .
je pensais que c'étais plus scientifique que ça .
Justement, la définition d'une planète est une affaire plus culturelle que scientifique.
(comme la définition d'un continent, d'une constellation, le baptême d'une mer ou d'un océan) : c'est uniquement une affaire de consensus (d'où le vote).
Je me plais souvent à rappeler l'exemple des saisons : on parle traditionnellement de quatre saisons, mais tous le météorologues s'accordent à dire que quels que soient la latitude et le climat, il y en a en fait deux.
(solstices et équinoxes qui les définissent officiellement n'ont en effet d'intérêt que pour les astronomes et les marins (marées d'équinoxe), et aucunement pour les climatologues ou météorologistes.
Autre exemple culturel et non scientifique, défini par un consensus général : celui du calendrier (découpage de la semaine et des mois)....
Autre exemple encore : la dénomination des étendues maritimes : pour un océanographe, un marin, un géologue, la "Manche", la "Mer Tyrrhénienne" ou la "Mer d'Oman" n'existent pas vraiment...
De même, à partir de quelle taille une mer devient-elle un océan ? Là aussi, rien de scientifique, que du culturel et donc du consensus.
Eh bien, pour savoir où un astéroïde devient une planète (et même, dans le cas des géantes gazeuses, où une planète devient une étoile brune...), la barrière est établie de manière consensuelle (et historiquement fluctuante, donc, en fonction des avancées de la connaissance scientifique) et culturelle.
Ultime exemple pour en revenir à l'astronomie. Quand Antoniadi a découvert Cérès le 1er janvier 1801, le consensus fut immédiat pour considérer que c'était la 9e planète du système solaire : position, taille supposée, orbite...
Mais la découverte dans la foulée (en 18 mois et quelque) de trois astres frères en taille et en orbite (Pallas, Junon, Vesta), puis bien vite de centaines, puis de milliers d'autres (on en est à plusieurs dizaines de milliers aujourd'hui) a permis de comprendre qu'il ne s'agissait pas de planètes mais d'astéroïdes. Les astres en eux-mêmes n'ont pas changé, seule leur dénomination. Et c'était parfaitement logique.
Pour remonter plus loin dans le temps, il est évident que le soleil était considéré comme un astre à part, jusqu'à ce qu'on découvre que les étoiles du ciel et le soleil si proche étaient des astres à ranger dans la même catégorie (dans le cas du soleil, une banale étoile jaune de classe G2 V.)
Enfin pour conclure, je m'amuse à voir les journalistes prendre des airs - c'est selon - outrés, affolés, effarouchés ou atterrés - devant cette rétrogration de Pluton... Comme si cela allait affecter le destin, le psychisme, le cursus scolaire ou les fondements culturels de l'essentiel de la population.
Sondez un peu autour de vous : qui sait ce qu'est une planète ? Qui saurait reconnaître une planète dans le ciel ? Qui sait combien de planètes sont visibles à l'oeil nu ? Qui sait le nom et l'ordre des 9 ou maintenant 8 planètes ? (prière de répondre franchement, en se référant à ses connaissances d'avant cette semaine ou apparemment tout un chacun s'est replongé dans des manuels d'astronomie ou simplement les journaux, Science et Vie ou le Petit Larousse)... Et enfin combien d'enfants, d'écoliers, de lycéeens ont appris ou apprennent des rudiments d'astronomie (dont la liste des planètes).
Je sais (et je le regrette) que l'écrasante majorité des étudiants français (même dans les filières scientifiques) sont totalement infoutus de citer dans l'ordre les noms des planètes. Alors franchement s'effaroucher à ce point parce qu'on débaptise Pluton, j'hésite entre l'hypocrisie et le ridicule.
luce