Situation d'avenir

13/10-2006 à 14:12A lire...... et à faire suivre !



24 ans de chômage,


Dans un livre à paraître aux éditions Albin Michel, Thierry F*. raconte
comment depuis vingt-quatre ans il vit aux crochets des Assedic, ASS et
autres CMU. Légalement...


Ce matin, après sa séance de musculation et les yaourts de son petit
déjeuner, Thierry n'ira pas travailler. Pas parce que la pluie qui
détrempe les rues de Roanne lui donne le bourdon, mais parce que c'est
comme ça tous les jours, depuis vingt-quatre ans. Vingt-quatre ans qu'il
entend ses voisins se lever à l'aube et qu'il se dit, enveloppé dans la
chaleur de sa couette : « Je préfère être à ma place qu'à la leur. »
Vingt-quatre ans qu'il est chômeur, et content. Et aujourd'hui, encore
plus fort, on l'interviewe pour ça !


Il a 44 ans et le sourire aux lèvres. Une Alfa Romeo anthracite et un
appartement à lui, parce que « les locations, c'est de l'argent perdu ».
Il porte un jean, un tee-shirt Levi's, mais pas de baskets de marque,
parce qu'« on ne peut pas tout avoir ». Poignée de main cordiale : un
quart de siècle de chômage, ça vous conserve un homme. A part sa
presbytie, compensée par de fines lunettes à 500 euros payées par la
CMU, Thierry tient la forme.. Drôle de coïncidence, il accuse même une
énorme ressemblance avec Didier Super, le pape du rock nordiste encensé
par Les Inrocks, qui chante que « le travail, il faut le laisser à ceux
qui en ont besoin pour se sentir bien dans leur peau ». Thierry ne
connaît pas Didier Super, mais il est entièrement d'accord avec lui. «
Pourquoi culpabiliser ? Je me suis contenté de suivre la législation
française à la lettre », se justifie-t-il. Sur les murs de son studio,
Lara Croft impose ses formes de rêve. Question filles, ça va pas mal
pour lui aussi, sauf pour les plans à long terme, à cause de son statut.
Il s'en fout, Thierry, il a gardé son âme d'ado. Le poster de Lara
Croft, c'est un ami gérant de cinéma qui le lui a offert. Grâce à lui,
Thierry voit les films en avant-première. Juste à côté, l'intégrale de
Johnny fait face à la fenêtre ouverte sur les courts du club de tennis.
Toujours en short et polo blanc, car il est « à cheval sur les couleurs
», Thierry y joue gratuitement. « J'ai l'air du type qui s'est construit
une belle vie. » Sur son bureau, enfin, avec ordinateur et webcam,
repose le manuscrit de son livre. Il a commencé à l'écrire en réaction à
des auditeurs de RTL qui, un matin, s'étaient emportés contre un type
qui voyageait depuis six mois tout en touchant le chômage. « Six mois,
c'est tellement ridicule ! » s'amuse-t-il.


Il peut être fier de lui, Thierry : trente et un mois de travail sur
treize ans, pour vingt-quatre années de « farniente rémunéré ».. Un
hold-up pacifique, avec l'administration comme complice. Comment a-t-il
pu passer entre les mailles du système ? En travaillant, pardi, parce
que chômeur, à ce niveau-là, « c'est un métier ». La preuve, Thierry a
consacré une pièce entière à ses « archives professionnelles », comme il
dit. Des dossiers, des livres, des revues spécialisées. Il les a tous
lus, relus, potassés. Au point, désormais, de servir d'avocat-conseil à
ses amis salariés : « Je connais le système par coeur. Grâce à moi, ils
ont obtenu de sacrées indemnités de leur employeur. La preuve que
chômeur, c'est utile. Parfois, je fais nounou aussi. Nounou bénévole, je
précise. »


Son secret se nomme ASS. « Allocation spécifique de solidarité ». Ou
comme il dit, lui, en remerciant la France, « Aide si sympathique ». 600
euros par mois, versés par les Assedic. A vie, et quasi sans contrôle. «
Le RMI, c'est beaucoup plus pénible, car vous êtes suivi par une
assistante sociale. Forcément, dans RMI, il y a I, comme insertion ! »
L'ASS, c'est donc la planque. Sans compter l'allocation logement, le
Fonds solidarité énergie, la taxe d'habitation presque gratuite, la
prime de Noël, et tout ce qu'il pourrait toucher de la commune, mais
qu'il se refuse à demander. « Profiter de l'argent de contribuables que
je connais depuis l'enfance, pas question ! » Moral, avec ça. Bien sûr,
en contrepartie, Thierry doit s'engager à rechercher « activement » un
emploi. Au début, quand il a commencé, à 18 ans, à chômer après six mois
de gardiennage en centrale nucléaire - « un boulot de Shadok »,
commente-t-il -, ça l'a un peu effrayé. « Mais c'est un peu comme
lorsqu'on commence un nouvel emploi, écrit-il, plus on souhaite voir sa
situation perdurer, plus on y met d'énergie et plus on devient
performant. » Et performant, Thierry l'est incontestablement. Jusqu'à
prendre les devants en contactant lui-même les employeurs pour prouver
qu'il veut quitter son « effroyable condition ». Un CV à rédiger ? Il
file à ses « archives », s'empare de sa bible, « Découvrez le potentiel
qui se cache en vous ! », et fait exactement le contraire de ce qu'on y
préconise. Police de caractère fantaisiste, ajout de précisions à la
main, « pour faire tatillon et brouillon en même temps », et omission de
sa nationalité. « Ceux qui le font sont souvent des étrangers, et les
patrons n'aiment pas les étrangers. » Et si, par miracle, l'un de ses CV
finit par atterrir sur le bureau d'un entrepreneur, Thierry se charge
illico de changer le miracle en cauchemar. Il troque ses lunettes
ultralégères, contre les anciennes, des culs de bouteille « à la Yves
Mourousi ». Il met une veste en laine, « pour faire pitié », et répond
toujours à côté, mais avec le sourire. « Jacques Tati m'a énormément
inspiré », confesse-t-il. Au cas où ça marcherait quand même, il dit
qu'il n'a pas le téléphone, alors qu'il a eu un portable dès les années
90, bien avant ses copains salariés que ça énervait beaucoup. Effacée
aussi, l'Alfa Romeo qu'il bichonne quotidiennement : pour ses potentiels
employeurs, Thierry perd vite tous ses attraits.


Scandaleux ? Il est entièrement d'accord. « Le laxisme de mon pays
m'étonne », écrit-il, raillant le nom des formations qu'on lui fait
suivre, « Genesis », « Horizon 2020 », et épinglant les déclarations de
Borloo sur le suivi personnalisé. Depuis qu'il pointe à l'ANPE de
Roanne, il n'a jamais vu la même personne. Il aimerait bien que son
livre fasse polémique, « même si ça peut paraître contradictoire ». Fan
de François de Closets, le chantre de la chasse au gaspi, il ne vote pas
mais apprécie la rigueur de Strauss-Kahn et la fermeté de Sarkozy. « Il
y a trop d'excès », lâche-t-il, avant de dénoncer, pêle-mêle, les « kits
Assedic » qu'on achète sous le manteau, la prime de rentrée scolaire qui
permet aux vendeurs de hi-fi d'augmenter de 20 % leur chiffre dans le
week-end qui suit, et les charges qui pèsent sur les patrons. Il faut
dire qu'il l'a été, pendant un an, montant et dirigeant un dépôt-vente
d'électroménager avant de se faire « plumer par l'Urssaf » et de
retourner dans le giron de l'Etat, qui lui a enfin prouvé que « gagner
le smic et perdre tous ses avantages, ce n'est pas très rentable ». Le
souvenir de son père ébéniste, qui pendant cinquante et un ans a
construit des cuisines aménagées sans pouvoir s'en offrir une, fait
figure pour lui de repoussoir. Le tube « Urssaf, Cancras et Carbalas »
des Inconnus, qu'il chante avec ses neveux devant sa webcam, lui sert
d'hymne. Et quand bien même, comme il le dit en vous reconduisant à la
gare dans son Alfa 33, il serait « le dernier des Mohicans », personne,
jusqu'ici, n'a encore jamais tenté d'avoir son scalp.


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Les « plus » du RMI

Quand on est RMiste, on a aussi droit à :


- l'allocation logement à taux plein ;


- la suspension de ses dettes fiscales ;


- l'exonération de sa taxe d'habitation, de sa redevance, de sa
cotisation à la CMU ;


- l'accès gratuit à la complémentaire santé de la CMU ;


- la prime de noël ;


-prime d'urgence (2 fois dans l'année) ;


- le tarif social pour le téléphone, EDF et GDF ;


- la réduction dans les transports, la gratuité des musées....


-diverses allocations supplémentaires (en fonction de son lieu
d'habitation).








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Pour l'administration, il n'y a pas de fainéant

Impossible de savoir combien de Thierry F. ont dévoyé la générosité
du modèle social français, car le système, qui a déjà du mal à
débusquer les fraudeurs, est impuissant à repérer ceux qui, en
toute légalité, se sont installés dans les minima sociaux. Mieux,
l'idée que ces minima aient rendu accessible le « droit à la
paresse » n'est pas même envisagée, car ni les politiques ni
l'administration ne veulent croire que l'on peut délibérément se
contenter des 430 euros mensuels d'un RMI, montant bien inférieur
au seuil de pauvreté. Pour l'administration, Thierry F. n'est donc
pas un fainéant, il est victime d'une « trappe à inactivité ». En
clair, la reprise d'un emploi lui ferait perdre une série
d'avantages dits droits connexes (voir encadré). Il n'y a donc
aucun intérêt. Lutter contre ce phénomène est une priorité de
l'administration, mais c'est une véritable gageure. Il existe une
solution simple : limiter ces droits connexes ou supprimer
l'allocation en cas de refus d'activité. Mais c'est politiquement
et socialement dangereux : « Au moins, le RMI permet de maintenir
le contact, affirme ce haut fonctionnaire. Sinon, c'est l'exclusion
totale, et aucune société n'y a intérêt. » La France a donc préféré
l'incitation à la coercition, au risque d'entretenir les parasites,
comme Thierry F



*« Moi, Thierry F., chômeur professionnel » (185 pages).
[:o)]


  • Galeric
13/10-2006 à 15:03

Il existe une
solution simple : limiter ces droits connexes ou supprimer
l'allocation en cas de refus d'activité.



Il y a une autre solution, ce serait de faire que les plus bas salaires ne conduisent pas à une situation où au final il vaut mieux rester à ne rien faire, pas par choix, mais par obligation.
C'est une question de société, et la situation actuelle semble convenir à beaucoup et en particulier à tous les partenaires sociaux, il n'y aurait guère que ceux qui triment pour des nèfles qui pourraient se plaindre, mais ils n'interresent pas les journalistes et ils n'ont pas le temps décrire un livre.

Situation d'avenir
13/10-2006 à 15:11

il n'y aurait guère que ceux qui triment pour des nèfles qui pourraient se plaindre


(+)
Pas de temps, gérer le quotidien heure par heure, toute son énergie dépensée à ça !


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image Beethoven était sourd, ça dépasse l' entendement.


13/10-2006 à 19:01 [:o] Balaise le mec quand même... propriétaire d'un appart sans revenus, ça me parait bien difficile...

Son secret se nomme ASS. « Allocation spécifique de solidarité ». Ou
comme il dit, lui, en remerciant la France, « Aide si sympathique ». 600
euros par mois, versés par les Assedic.


Toujours très balaise, j'ai malheureusement été dans la situation de l'ASS, j'en suis sortie, Dieu merci, mais moi je n'avais droit qu'à 420 euros par mois... [°)]
C'est trop injuste ! [8(]


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imageimage


  • grolou
13/10-2006 à 19:16Lui aussi a droit à 427 € par mois d'ASS. Il ne faut pas croire, est-il utile de le rappeler, tout ce qu'écrivent ou disent les média. En l'occurence Le Point qui est la source de cette histoire.
Lire le dernier article de la page (les autres aussi sont pas mal) du blog donné en lien après la citation

Thierry F. et Le Point : le « parasite » publie un « droit de réponse »

Le 1er octobre 2006, AC ! publiait sur son site : http://www.ac-reseau.org/ un article intitulé : « L’appel au lynchage de l’hebdomadaire Le Point ».

Cet article répondait à un « témoignage » de « Thierry F. », chômeur anonyme de Roanne que Le Point n’hésitait pas à traiter de « parasite ».

Cette semaine, l’hebdo Le Point publie un étonnant « droit de réponse » à notre article.

Etonnant car ce droit de réponse ne nous est pas adressé.

Etonnant encore car il ne concerne pas les personnes que nous avons mises en cause.

Pas de demande de droit de réponse de François Pinault, le propriétaire du Point dont nous évoquions l’amende de 475 millions d’euros payée par les contribuables et les 9 millions d’indemnités de licenciement versées à son ami Blayau, pas de demande de droit de réponse encore de la rédaction du Point que nous accusons de mensonges et de manipulations quant à ses allégations entre autres sur le RMI et qui, en associant des chômeurs à des « parasites » (à quand les « cancrelas » ?) appelle à leur éradication. Enfin, aucune demande de « droit de réponse » du rédacteur de l’article, Ono-Dit-Biot, dont nous dénoncions au mieux le manque de rigueur professionnelle, au pire la malhonnêteté intellectuelle.

En revanche, l’inénarrable Ono-Dit-Biot aurait vu un « mail violent titré L’appel au lynchage de l’hebdomadaire Le Point » d’AC ! –au point d’approximation où en est l’inénarrable, confondre un « mail » avec un site public ne ternira pas plus sa réputation-, « mail violent » comportant des « accusations » que Thierry F. aurait souhaité « réfuter, point par point » sur le site … du Point !

En guise de réfutation, Thierry F. confirme point par point … l’imposture du Point !

L’ASS, c’est bien 14,25 euros par jour maximum (entre 427,50 et 441,75€ par mois), reconnaît Thierry F. « Sauf, ajoute-t-il, que je perçois bien 600 € car à l’ASS, je joins une allocation logement de 154 €. ».

Mais Le Point n’écrivait pas qu’il percevait 600 euros d’allocations. Le Point écrivait qu’il percevait 600 euros d’ASS. Et l’allocation logement en plus :

« Son secret se nomme ASS. « Allocation spécifique de solidarité ». Ou comme il dit, lui, en remerciant la France, « Aide si sympathique ». 600 euros par mois, versés par les Assedic. (…) Sans compter l'allocation logement (…)».

L’allocation logement, indépendante de l’ASS, est versée par la CAF.

Sur cette allocation logement, Thierry F. confirme encore nos informations : En tant que propriétaire, s’il la perçoit, c’est parce qu’il rembourse un crédit, ce que Le Point avait omis d’indiquer.

Comme l’ineffable avait omis d’indiquer que Thierry F. avait payé l’an dernier une taxe foncière de 177 euros.

Des « fines lunettes à 500 euros payées par la CMU » ? Là encore, Thierry F. confirme toujours nos informations. La CMU lui a remboursé 110 euros.

L’ASS versée « à vie, et quasi sans contrôle » selon Le Point ? Pas tout à fait, selon le témoin qui subit tous les 6 mois un contrôle des ressources et un contrôle de la recherche d’emplois (réponses des employeurs sollicités) et qui a fréquenté les ateliers occupationnels aux titres alléchants comme « objectif emploi » et « objectif projets » pendant lesquels les demandeurs d’emploi apprennent à se vendre à défaut de trouver un employeur, quand bien même le souhaiteraient-ils.

« Il peut être fier de lui, Thierry : trente et un mois de travail sur treize ans, pour vingt-quatre années de « farniente rémunéré », écrivait l’inénarrable. Là encore, l’intéressé dément : « je ne suis pas chômeur depuis 20 ans ». En outre, les conditions d’admission à l’ASS ont été durcies en janvier 1997 et nombre d’allocataires qui avaient eu la mauvaise idée d’accepter un emploi précaire après cette date ont eu la surprise de perdre leurs droits et de se retrouver au mieux au RMI, souvent sans aucune allocation.

Quoiqu’il en soit, le combat douteux du Point pour que l’Etat extirpe les pauvres de leurs « trappes à inactivité » pour les jeter dans les galères des travailleurs pauvres est largement dépassé : le SMP « suivi mensuel personnalisé » que les chômeurs comme les agentEs de l’ANPE (voir notre rubrique "les révoltéEs de l’ANPE") nomment le « contrôle » voire le « flicage » mensuel auquel tous les chômeurs seront bientôt assujettis, vise à les obliger à accepter un retour au régime salarial du XIXème siècle voire même, sous couvert {« d’insertion »}, à travailler gratuitement dans le cadre de stages et d’EMT (« Evaluation en Milieu de Travail »), 80 heures que l’ANPE paie … au patron !

Et ceci sous menaces permanentes de radiation.

Si les lecteurs du Point tiennent à connaître la réalité des contrôles de l’Etat et du patronat sur la main d’œuvre au chômage et les façons de la plier à la précarité forcée, qu’ils lisent Chômage, des secrets bien gardés de Fabienne Brutus, employée de l’ANPE (chez J.-C. Gawsewitch).

AC !


http://birenbaum.blog.20minutes.fr/

Modifie par Modifié par grolou le 13/10/20


Situation d'avenir
13/10-2006 à 19:49Ah ben voilà le post qui change tout !
Merci Grolou, merci Grolou, meeeerci !
(sur l'air de Allez les bleus, allez les bleus, alleeeeeeeeez [:D] )!


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13/10-2006 à 20:26Merci grolou, c'est super d'avoir qq qui sait remettre les pendules à l'heure ! (+)

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