cliché de vie ordinaire N°42

04/04-2007 à 23:15Histoire a 50% vrai

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MONSIEUR PIL

Les patrons modernes ont toujours de bonnes idées. Le plus compliqué pour eux est de faire comprendre à leurs salariés que c'est vraiment une bonne idée. Ils cherchent désespérément à faire croire à ceux-ci que c'est d'abord à leur avantage, jusqu'à ce que ces salariés se rendent compte de la vérité et qu’ainsi la pilule soit encore plus dure à avaler que si elle avait été administrée dès le départ.

Après, ils ne comprennent pas que l'on se méfie. Ne serait-ce pas plus simple d'être honnête dès le début ? Cela tuerait dans l'œuf toute polémique, les syndicats réfléchiraient aux avantages que cela peut apporter plutôt que de chercher la faille qui permette de déclencher la bagarre.

Un exemple parmi tant d'autres : il y a quelques années la direction de ma boite, toujours à l'avant-garde social, a mis en place une nouvelle bébête interne nommée "poste aménagé".

C'est quoi cette bébête ?

Tout simplement, lorsque vous êtes victime d'un accident de travail dans les ateliers, plutôt que de se déclarer en accident de travail, on vous offre un poste aménagé pour votre handicap temporaire, de façon à ce que vous puissiez travailler quand même.

Sympa ce truc, non ?

Quand ce système a été mis en place, il nous a été présenté comme un avantage du 21e siècle, permettant au salarié blessé de ne pas être obligé de rester chez lui, des fois que cela l'emmerde. La direction à totalement omis de préciser que le salaire touché pendant l'occupation de ce poste aménagé est imposable, alors que, s'il était resté chez lui pour se remettre " lâchement" en état, les indemnités qu'il aurait perçues de la sécurité sociale ne le l’étaient pas. Un oubli sans doute…..

La vérité est tout autre. Les entreprises sont, comme ont le sait, écrasées par les charges sociales. Et parmi elles, les charges liées aux accidents de travail. Plus la sécurité sociale paie d'indemnité journalière pour accident de travail à un salarié, plus la note est salée pour l'entreprise. Donc le truc était simple. En employant un salarié blessé, même à ne rien faire, le salaire de cet employé revient moins cher que de payer les pénalités à la sécu. Pas bête les calculeux de la boite, hein…….

Ce qui est regrettable, c'est que la chose n'ait pas été présentée comme telle, chose que les salariés auraient très bien compris, sachant que le porte- monnaie de la boite est également le leur …..

Après cela, on s'étonne du climat de méfiance et de doute qui s'installe entre "partenaires sociaux".

Bref, il y a quelque temps, j'ai été victime d'un accident " bénin", m'étant battu avec la machine sur laquelle je turbine et, pour une fois, c'est elle qui a gagné. J'y ai laissé quatre doigts ratatinés qui devaient attendre, au moins, deux bonnes semaines avant qu'ils ne retrouvent leur aspect naturel.

Comme de bien entendu, il m'a été proposé un "poste aménagé". Cela ne prêtant pas à conséquence pour moi, j'ai accepté, avec dans l'idée de ne rien foutre, puisque pour une fois, on ne puisse m'en faire le reproche, la menace d’arrêt pour accident de travail en poche. Ben tiens, j'allais me gêner….

Le poste proposé était très relax. Évidement, il était hors de question de mettre un salarié en "poste aménagé" en situation d'avoir un deuxième accident, le but n'étant pas de le faire travailler, je vous le rappelle. Malgré que quelques obtus du bulbe de l'encadrement s'obstinent à croire le contraire.

Ce "travail" consistait à ranger les archives. Tous les salariés en "poste aménagé" étaient passés par là. Cela consistait à prendre, au hasard, un gros carton posé sur une des multiples étagères du sous- sol réservé aux archives, d'en étaler le contenu sur une table située au milieu de la pièce et d'attendre sagement la fin de la journée avant de remettre les papier dans la boite et la boite sur l'étagère. Un travail réservé, généralement, aux stagiaires du lycée d'à côté, venus goûter aux joies de l'entreprise, à la différence prêt qu'eux trie le contenue du carton avant de le ranger.

Très reposant comme occupation, voire même soporifique.

N'étant pas d'un naturel flemmard, les heures à ne rien faire me sont pénibles par le fait qu’elles comptent "double". Je ne suis pas un acharné du boulot, mais rester des heures à ne rien faire, je ne peux pas…Mon objectif, lorsque j’entre dans ma boite, c'est d'en sortir le plus vite possible. Quand je ne fais rien, j'ai l'impression que le temps ralentit. Je préfère avoir une chose à faire, n'importe quoi je m'en balance, au moins, comme ça, le temps passe plus vite. Ce qui fait que lorsque je m'en vais, j'ai l'impression d'y avoir été peut de temps. Du coup, cette occupation virtuelle arriva vite à me les "mettre bien haut", si vous voyez ce que je veux dire…

A la fin de la deuxième journée, je décidais de faire le tour de l'étage, histoire de voir d'un peu plus près, les "administratifs" à l'ouvrage.

Je n'ai pas eu à aller bien loin pour trouver la visite intéressante car, du couloir, j'avais une pleine vue sur le bureau de monsieur PIL.

Je ne savais même pas que ce type existait…

D'après le panneau collé sur la porte de son burlingue, monsieur PIL était "chargé de logistique". Ne me demandez pas en quoi consiste ce travail, je n'en sais rien….

Curieux de nature, je décidais d'espionner ce "chargé de logistique" pour en savoir plus.

Très instructif comme observation…

Monsieur PIL travaillait la journée. Théoriquement, ses horaires de travail étaient de 8h à12h et de 14h à 16h. Je dis bien théoriquement, parce que, dans la pratique, s'il respectait les horaires, ceux-ci n'étaient pas des horaires de travail dans le sens où, moi, je l'entends.

A 8h pile, il était bien là, mais devant la machine à café, jamais seul, à tailler la bavette avec un autre collègue. Des conversations qui avaient rarement un rapport avec le boulot. C’était plutôt un commentaire sur le film vu la veille, le dernier match de foot, l'inondation de la rue basse, etc., bref des truc divers et improbables, mais qui suffisaient à le retenir jusqu'à ce que vers 9h, 9h30 il pénètre enfin dans son bureau.

Une fois installé sur son fauteuil ergonomique, il déballait son journal qu'il parcourrait d'un bout à l'autre, tournant et retournant les pages, jusqu'à ce que l'appel du café de 10h30 le rappelle a l'ordre. Et hop, encore une bavette. Puis retour au bureau…

Et là dring…dring…dring… téléphone

Description de la conversation :

-Pil, logistique, j'écoute…

-…………

-Quoi !

-…………..

-Non hors de question...

-………….

-Vous ne vous rendez pas compte, je n'ai pas le temps, je suis débordé…

-………….

-Impossible je vous dis, appelez le poste 315, ils s'en occuperont.

-……..

-Oui c'est ça, au revoir.

Clonc…(téléphone raccroché)

Chiftttttt, journal ouvert à la page des sports

Je croyais avoir vu pas mal d'opportunistes parasites dans ma vie, mais de cette catégorie, jamais ! Champion du monde monsieur PIL. Je n'étais pas au bout de mes surprises

Alors qu'il repliait son journal et allumait son ordinateur, le coursier chargé de balader le courrier interne de boite en boite, passa devant son bureau, déposant une grande enveloppe grise dans le panier accroché à la porte de ce cher administratif débordé. Il fallait donc qu'il se lève pour aller chercher la dite enveloppe, mais cela lui était vraisemblablement impossible. Il poussa un énorme soupir, avec dans les yeux de la haine à l'état pur, regardant cette maudite boite aux lettres à 2 mètres de lui, distance énorme qui l’obligeait à se lever. Comme si le coursier ne pouvait pas faire deux mètres de plus pour la lui donner en main propre ! C’est vrai ça, il ne se rend pas compte qu'un homme débordé comme lui n'a pas le temps de se déplacer.

A moins que cela lui soit très difficile ou très pénible, je ne sais pas moi…Peut être a-t-il eu dans, le passé, un accident qui l'a handicapé au point de ne pouvoir lever son cul, allez savoir ? Oui ça doit être ça, il est handicapé. Quelque chose de très pénalisant, dans le genre trou de balle infecté par du papier toilette trop abrasif, ayant entraîné une greffe…en manque de donneur, on lui avait greffé une ventouse à la place de l'anus, raison pour laquelle il restait collé à son fauteuil. On ne peut pas savoir de quoi souffre les autres, quelque fois c'est très surprenant…

Mais en homme très courageux qu'il était, il finit par passer outre à la douleur. Décollant la ventouse, il réceptionna la grande enveloppe grise qu'il ouvrit aussitôt retourné à son bureau, pour en extirper un tas de feuillets. Et là, stupeur et malédiction, le bug…observant ces feuillets sortis de l'enveloppe, éparpillés sur son bureau, il beugla un énorme " mais c'est pas vrai ça…"

Il décrocha rapidement son téléphone et tapa fébrilement un numéro qu'il devait connaître par cœur.

Description de la conversation :

-……………

- Oui bonjour, c'est PIL de la logistique

-……………

- Dîtes voir, vous ne vous foutez pas du monde, par hasard ?

-……………

-Je viens de recevoir le rapport hebdomadaire, et ça ne va pas du tout!!!

-……………

- Ce qui ne va pas, ce qui ne va pas, vous le savez bien, cela fait mille fois que je vous le dis !

-……………

-Les trombones, y'a encore des trombones ! Combien de fois faudra t-il que je vous le répète, pas de trombones nom d'une pipe…avec des trombones les documents ne tiennent pas, il faut mettre des agrafes, pas des trombones. Vous croyez peut être que je n'ai que ça a faire de ramasser des documents en désordre parce que vous avez négligé de les agrafer ? Comment voulez vous que l'on s'en sorte si tout le monde n'en fait qu'a sa tête ? C'est à cause de gens comme vous que tout va mal. Je vous préviens la prochaine fois que les documents ne sont pas agrafés, je vous renvoie le tout. Je ne suis pas payé pour finir le travail que d’autres ont négligé… d'ailleurs je n'en n'ai pas le temps.

Clac…(téléphone raccroché violemment)

Là dessus, il ramasse tous les documents éparpillés, en fait un joli paquet en tapotant dessus du plat de la main, enfile le tout dans l'enveloppe qu'il pose sur le bord de son bureau, éteint son PC, regarde sa montre; mon dieu midi déjà, comme le temps passe vite…

Il va sans dire que l'après midi fut du même tonneau, sinon qu'il s’est tout de même servi de son micro pour saisir quelques valeurs extraites du document du matin, ce qui lui pris 5 minutes tout au plus; puis il passa plus d'une heures à choisir les couleurs d'un graphique que ces valeurs avaient généré. Très important les couleurs dans un graphique, très, très, important, les valeurs du graphique on s'en fout, ce qui compte c'est que ce soit joli, n'est- ce- pas ? Et ça peut durer très longtemps de choisir ces couleurs surtout quand vous êtes sans cesse interrompu par des coups de téléphone, assaisonnés de conversations plus ou moins axées sur le boulot.

Je n'en reviens pas…la journée est finie et ce mec n'a rien fait, mais rien de rien, sinon lire son journal, allumer son micro dont il ne s’est servi que pour des conneries, engueuler une pauvre secrétaire qui a certainement autres chose a faire que de courir après une agrafeuse, et c'est tout. Stupéfiant, La vache ! Il m'épuise ce mec, il a une capacité à ne rien faire qui tient du surnaturel ! Moi quand je reste une heures à ne rien faire, j'ai l'impression d'avoir bossé 5 heures tellement l'inactivité m'ennuie. Lui c'est carrément le contraire, moins il en fait, et plus le temps passe vite.

Chapeau bas, respect, je suis admiratif…

Rentré chez moi, d'un naturel très taquin, je décidai de mettre au point une petite farce pour ce flibustier. J’ai torturé mon C++ pendant quelques heures pour mettre au point le piège que j'enregistrai précieusement sur une disquette, c'est plus discret.

Le lendemain matin, j’ai eu soin d’arriver de bonne heures à la boite, histoire de prendre l'asticot de vitesse. Arrivé vers 7h30 je m'empressais de sauter sur son micro pour lui faire avaler mon spyware perso.

L'anti-virus réseau du PC fit un peut la tronche quelques minutes, le temps de lui faire comprendre que Norton ou pas, il n'avait qu’à faire comme son propriétaire: rester dans son coin et faire semblant.

Le piége étant en place, il ne me restait plus qu'a retourner étaler une boite d'archives pour donner le change et attendre…

L'attente fut assez longue. J’avais programmé ma bébête sur deux heures, et j'avais vu large. Pourtant, il m’a fallu patienter 2 jours avant que l'immense activité de ce cher PIL dépasse les 120 minutes fatidiques et, là, ce fût l'extase, le nirvana, l'orgasme sans le sexe. Je vis le cher homme ouvrir des yeux grands comme des soucoupes, incapable de prononcer un mot. Il regarda autour de lui pour voir si on ne l'observait pas de peur de passer pour un imbécile, l'air totalement ahuri, tentant, vainement, durant de longues minutes de remettre son PC en marche en tapotant des touches au hasard, mais rien à faire. Son micro restait fidèlement bloqué sur une belle page rouge avec une phrase en très jolis caractères gothiques blancs défilant, du plus bel effet.

La phrase disait :

" J'ai décidé de faire comme toi, pas plus de deux heures de boulot par jour. Les deux heures sont passées, alors je me repose. Ça te laisse du temps pour aller t'acheter une agrafeuse"

je vous le disait, je suis très taquin……………..

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04/04-2007 à 23:27image
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05/04-2007 à 00:02trop fort spi image image image


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19/04-2007 à 15:11 image excellent !!
j'espère qu'il n'a pas soupçonné le gars qui mettait des trombones à la place des agrafes ?


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le bonheur n'est pas au bout du chemin, il EST le chemin
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19/04-2007 à 15:17 image


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19/04-2007 à 15:23faudra que tu m'expliques comment tu as fait ce truc, ça m'intéresse [;)]


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le bonheur n'est pas au bout du chemin, il EST le chemin
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19/04-2007 à 15:24c'est de la fiction GASTON


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cliché de vie ordinaire N°42
19/04-2007 à 17:56ah bon tant pis [;(]
pourquoi on m'explique jamais rien à moi ? [;(] [;(] [;(] [;(]
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20/04-2007 à 08:17[
image QUOTE]c'est de la fiction GASTON[/QUOTE] image
quel dommage !!!
mais l'histoire et belle et me rappelle quelqu'un [°)] [°)]

21/04-2007 à 09:07Bonjour,

Bravo pour cette charmante histoire digne des plus grands péplum Hollywoodiens (!) (+) [:D]

A quand l'histoire de"Madame Face" (?) la secrétaire de Monsieur Pil (?)


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Le Temps est la seule chose que l'on peut dépenser mais pas économiser.


cliché de vie ordinaire N°42
21/04-2007 à 11:24

A quand l'histoire de"Madame Face" la secrétaire de Monsieur Pil



janus +1
[:D]


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21/04-2007 à 13:32 [:D] [:D] [:D] [:D] (+) (+) (+) (+)


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22/04-2007 à 01:34Ca ne s'invente pas ! La réalité dépasse la fiction. image


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image Beethoven était sourd, ça dépasse l' entendement.


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