L'éruption du Piton de la Fournaise vue par un habitant

Un habitant de la Réunion nous livre ici un récit sur l'éruption volcanique du Piton de la Fournaise, ainsi que les conséquences que celle-ci a pu avoir pour la population. Quelques clichés viennent illustrer ce témoignage.

Suite à notre dossier consacré à la récente éruption volcanique du Piton de la Fournaise à la Réunion, un habitant a eu la gentillesse de nous apporter son témoignage.

Même si ce témoin ne se considère pas comme un spécialiste des volcans, nous avons tout de même voulu publier son récit. Nous le remercions "chaleureusement" pour son témoignage et les clichés qu'il nous a fait parvenir.





Monsieur S. habite donc a 20 kilomètres de la coulée du Piton de la Fournaise. Il nous a d'ailleurs précisé, que contrairement à ce que l'on croît, la coulée de lave coule encore (au 19 avril 2007). Sur la 8ème éruption volcanique à laquelle il assiste en 10 ans, de ses dires "plus extraordinaire que les autres".

Monsieur S. nous rappelle qu'il existe 2 types de volcans :

D'abord, les volcans explosifs dont le sommet "saute comme un bouchon de champagne" comme le Mont Saint-Hélène. Ce dernier est un volcan situé au nord de la chaîne des Cascades dans l’État de Washington, au nord-ouest des États-Unis, et dont la dernière éruption majeure a eu lieu en 1980, alors que le volcan paraissait être endormi depuis plus d'un siècle.

Puis, il y a le volcan effusif qui lui "vomit de la lave sans phénomène explosif vrai". C'est le cas du Piton de la Fournaise que Monsieur S. considère comme "moins dangeureux" voire de "volcan sympa". Il reste toutefois le plus "spectaculaire visuellement".



Le récit de Monsieur S.


L'éruption ne se fait pas forcement par le haut de la marmite. Celle du 30 mars 2007 est de ce type : imaginez une chasse d'eau de wc. L'eau est dans le bac mais ne s'évacue pas par en haut mais par en bas. Eh bien, là, c'est un peu ce qui s'est passé. D'où 2 évènements d'importance exceptionnelle cette année car l'écoulement de lave a été important.

1/ La lave est sortie sur le « coté « du cône volcanique à 500 m d'altitude (le sommet du volcan est lui à plus de 2000 mètres) tout en restant dans sa zone proche (on appelle cela l'enclos qui comprend le volcan et la zone dite des pentes du volcan située entre le sommet et la mer dans une zone non habitée entre St Philippe et Ste Rose qu'on appelle d'ailleurs le grand brûlé) mais très proche des limites de cet enclos (avec un risque d'éruption hors enclos là il y a des habitants ). La quantité de lave qui s'est écoulé et s'écoule encore a été de plusieurs dizaines de millions de mètres cubes.





2/ Cette énorme quantité de lave a eu un effet rarissime ici : le sommet du volcan qui s'était comblé petit à petit par du magma depuis plus de 80 ans (comme une chasse d'eau qui se remplit progressivement) s'est brusquement vidée à l'identique d'une chasse d'eau qu'on tire et ce en quelques heures.

Résultat : le sommet s'est vidé sur une hauteur de 300 mètres !!!!

L'effondrement du centre du cratère Dolomieu (c'est son nom) a crée un important nuage vu par les habitants du sud, et la lave issue du cône éruptif latero-sommital a eu plusieurs effets :

D'abord la vue, une éruption si basse est très visible (surtout la nuit)

Ensuite, la coulée très fluide est descendue rapidement et a donc traversé la route qui rejoint le sud au Nord en passant par l'Est. Plusieurs bras de coulée se sont crées et la lave s'étend en largeur sur plusieurs centaines de mètres au niveau de la route et sur plus de 10 mètres en hauteur. Il faudra attendre plusieurs semaines après l'arrêt de la coulée et son refroidissement pour refaire la route qui a disparu

La lave a ensuite rejoint la mer à presque 100 mètres de la route. Là, le mélange de l'eau et du feu, en particulier la nuit, fait partie des plus extraordinaires spectacles que la nature peut nous offrir. Une véritable féerie. Mais encore une fois, la grande quantité de lave a entraîné la formation de gaz acides lors de son contact avec l'eau par réaction chimique





De plus, l'éruption elle-même, outre les cheveux de Pellet, a aussi provoqué la présence de dioxyde de souffre. Il y a eu des nuages toxiques dont un au moins a atteint la ville de St-Joseph à 20 km de là et qui a provoqué malaises et gêne respiratoire le 3 avril à 13 h 30 avec plus de 50 enfants intoxiqués dans les 3 collèges et lycée de la ville

La proximité de l'éruption avec les limites de l'enclos a fait craindre une éruption hors enclos (imaginez les habitants situés à moins de 1 ou 2 km de l'éruption : le bruit (des grondements très sourd sous les maisons dus aux séismes), l'odeur, les lueurs rouges qui embrasent le soleil toute la nuit à cause de l'éruption et des incendies, la cendre qui tombe sur le toit, les pluies acides qui brûlent les plantes (beaucoup de vanille est cultivée à cet endroit)





Tout ceci a entraîné des mesures de protection par les autorités et l'accès à l'éruption a été interdit le mercredi 4 avril alors que des milliers de personnes se dirigeaient dans le sud pour la voir. L'accès par l'autre coté (Ste Rose) de la même façon a été interdit à moins de 10 km. Seuls les visiteurs du lundi et du mardi (des milliers aussi) ont pu jouir du spectacle hypnotisant.





Les habitants proches ont du même être évacué quelques heures suite à une fausse alerte d'éruption hors enclos. Les seules infos que l'on a proviennent des journalistes ou alors en passant par les airs en louant un avion ou un hélicoptère ou encore par bateau (3 heures aller du port de St-Pierre pour les gens du sud)

Nous attendons avec impatience l'ouverture de l'éruption au public, ce qui ne devrait pas tarder car des aires d'observation ont été aménagées par l'ONF (Office National Des Forêts). Et dès que la lave arrêtera de couler, cela n'intéressera plus personne car ne restera qu'une grosse plaque noire immobile. Par contre, le sommet du volcan, haut lieu de marche pour les touristes et les Réunionnais restera probablement interdit aux visiteurs pendant des mois à cause des risques d'effondrement.

Puis tout rentrera dans l'ordre dans quelques mois et on attendra avec impatience la prochaine éruption où ce sera la ruée immédiate de peur de ne pouvoir en profiter après. Il y a eu près d'une dizaine de coulées qui ont coupé la route ces 15 dernières années et le grand brûlé reste un des endroits les plus visités de l'île.


Quelques liens intéressants fournis par Monsieur S.



Balade de 360° autour d'une coulée de lave
Éruption à La Réunion - 3 avril 2007. Sur le flanc sud-est du massif du Piton de la Fournaise, la lave jaillit d'une faille à 500 mètres d'altitude. Elle suit le rempart du Tremblet sur la commune de Saint-Philippe et coupe la route nationale 2 avant de se jeter dans l'océan 700 mètres plus loin. Pour effectuer cette balade virtuelle, le logiciel QuickTime doit préalablement installé sur votre machine.







Images et Vidéos de la Réunion
Voici le site de l'agence de presse Imaz Press Réunion (IPR). Il est conçu par des journalistes rédacteurs et photographes. Vous y trouverez bien entendu des documents sur l'éruption.




Un grand merci à Monsieur S. !

Publié Le 25/04/2007 à 08:14 par



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