Morceaux choisis (pour spiralbol)

gaston gaston
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Envoyé le 25/02/2009 à 10:25


Bonjour,
ça fait bien longtemps qu\'on n\'a pas croisé notre ami spiralbol et ses chroniques de la vie ordinaire dont je garde un souvenir ravi

j\'ai lu récemment un petit bouquin qui m\'a fortement rappelé notre ami: La Première Gorgée de bière et autres plaisirs minuscules (Philippe Delerm)
C\'est un ravissement, que dis-je ? une gourmandise, que ce bouquin !

On s\'y retrouve, on s\'y plonge avec délectation. J\'ai trouvé sur le net cette phrase à son sujet:
C\'est un moment rare que de La première gorgée de bière. Et l\'on sait déjà que ce livre restera toujours à portée de main, pour ces jours où rien ne va, où l\'on cherche un refuge... Il suffira alors de l\'ouvrir au hasard et tout autour de nous reprendra ses couleurs... Infime nécessité d\'un presque rien... et le bonheur est là, au papier d\'un livre.

je ne résiste pas au plaisir de vous livrer quelques extraits:

La première gorgée de bière

C\'est la seule qui compte. Les autres, de plus en plus longues, de plus en plus anodines, ne donnent qu\'un empâtement tiédasse, une abondance gâcheuse. La dernière, peut-être, retrouve avec la désillusion de finir un semblant de pouvoir... Mais la première gorgée! Gorgée ? Ça commence bien avant la gorge. Sur les lèvres déjà cet or mousseux, fraîcheur amplifiée par l\'écume, puis lentement sur le palais bonheur tamisé d\'amertume. Comme elle semble longue, la première gorgée! On la boit tout de suite, avec une avidité faussement instinctive. En fait, tout est écrit . la quantité, ce ni trop ni trop peu qui fait l\'amorce idéale ; le bien-être immédiat ponctué par un soupir, un claquement de langue, ou un silence qui les vaut; la sensation trompeuse d\'un plaisir qui s\'ouvre à l\'infini... En même temps, on sait déjà. Tout le meilleur est pris. On repose son verre, et on l\'éloigne même un peu sur le petit carré buvardeux. On savoure la couleur, faux miel, soleil froid. Par tout un rituel de sagesse et d\'attente, on voudrait maîtriser le miracle qui vient à la fois de se produire et de s\'échapper. On lit avec satisfaction sur la paroi du verre le nom précis de la bière que l\'on avait commandée. Mais contenant et contenu peuvent s\'interroger, se répondre en abîme, rien ne se multipliera plus. On aimerait garder le secret de l\'or pur, et l\'enfermer dans des formules. Mais devant sa petite table blanche éclaboussée de soleil, l\'alchimiste déçu ne sauve que les apparences, et boit de plus en plus de bière avec de moins en moins de joie. C\'est un bonheur amer : on boit pour oublier la première gorgée.

carpe diem
gaston gaston
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Envoyé le 25/02/2009 à 11:13


Un couteau dans la poche

Pas un couteau de cuisine, évidemment, ni un couteau de voyou à cran d\'arrêt. Mais pas non plus un canif. Disons, un opinel n° 6, ou un laguiole. Un couteau qui aurait pu être celui d\'un hypothétique et parfait grand-père. Un couteau qu\'il aurait glissé dans un pantalon de velours chocolat à larges côtes. Un couteau qu\'il aurait tiré de sa poche à l\'heure du déjeuner, piquant les tranches de saucisson avec la pointe, pelant sa pomme lentement, le poing replié à même la lame. Un couteau qu\'il aurait refermé d\'un geste ample et cérémonieux, après le café bu dans un verre - et cela aurait signifié pour chacun qu\'il fallait reprendre le travail.
Un couteau que l\'on aurait trouvé merveilleux si l\'on était enfant : un couteau pour l\'arc et les flèches, pour façonner l\'épée de bois, la garde sculptée dans l\'écorce - le couteau que vos parents trouvaient trop dangereux quand vous étiez enfant.
Mais un couteau pour quoi ? Car l\'on n\'est plus au temps de ce grand-père, et l\'on n\'est plus enfant. Un couteau virtuel, alors, et cet alibi dérisoire :
- Mais si, ça peut servir à plein de choses, en promenade, en pique-nique, même pour bricoler quand on n\'a pas d\'outil...
Ça ne servira pas, on le sent bien. Le plaisir n\'est pas là. Plaisir absolu d\'égoïsme : une belle chose inutile de bois chaud ou bien de nacre lisse, avec le signe cabalistique sur la lame qui fait les vrais initiés : une main couronnée, un parapluie, un rossignol, l\'abeille sur le manche. Ah oui, le snobisme est savoureux quand il s\'attache à ce symbole de vie simple. À l\'époque du fax, c\'est le luxe rustique. Un objet tout à fait à soi, qui gonfle inutilement la poche, et que l\'on sort de temps en temps, jamais pour s\'en servir, mais pour le toucher, le regarder, pour la satisfaction benoîte de l\'ouvrir et de le refermer. Dans ce présent gratuit le passé dort. Quelques secondes on se sent à la fois le grand-père bucolique à moustache blanche et l\'enfant près de l\'eau dans l\'odeur du sureau. Le temps d\'ouvrir et refermer la lame, on n\'est plus entre deux âges, mais à la fois deux âges - c\'est ça, le secret du couteau.

carpe diem
gaston gaston
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Envoyé le 25/02/2009 à 11:19 Modifié par gaston le 25/02/2009 à  11:20:


On pourrait presque manger dehors

C\'est le \"presque\" qui compte, et le conditionnel. Sur le coup, ça semble une folie. On est tout juste début mars, la semaine n\'a été que pluie, vent et giboulées. Et puis voilà. Depuis le matin, le soleil est venu avec une intensité mate, une force tranquille. Le repas de midi est prêt, la table mise. Mais même à l\'intérieur, tout est changé. La fenêtre entrouverte, la rumeur du dehors, quelque chose de léger qui flotte.
\"On pourrait presque manger dehors.\" La phrase vient toujours au même instant. Juste avant de passer à table, quand il semble qu\'il est trop tard pour bousculer le temps, quand les crudités sont déjà posées sur la nappe. Trop tard ? L\'avenir sera ce que vous en ferez. La folie vous poussera peut-être à vous précipiter dehors, à passer un coup de chiffon fiévreux sur la table de jardin, à proposer des pull-overs, à canaliser l\'aide que chacun déploie avec un enjouement maladroit, des déplacements contradictoires. Ou bien vous vous résignerez à déjeuner au chaud - les chaises sont bien trop mouillées, l\'herbe si haute...
Mais peu importe. Ce qui compte, c\'est le moment de la petite phrase. On pourrait presque... C\'est bon, la vie au conditionnel, comme autrefois, dans les jeux enfantins: \"On aurait dit que tu serais...\" Une vie inventée, qui prend à contre-pied les certitudes. Une vie presque à portée: à portée de la main, cette fraîcheur. Une fantaisie modeste, vouée à la dégustation transposée des rites domestiques. Un petit vent de folie sage qui change tout sans rien changer...
Parfois, on dit: \" On aurait presque pu...\" Là, c\'est la phrase triste des adultes qui n\'ont gardé en équilibre sur la boîte de Pandore que la nostalgie. Mais il y a des jours où l\'on cueille le jour au moment flottant des possibles, au moment fragile d\'une hésitation honnête, sans orienter à l\'avance le fléau de la balance. Il y a des jours où l\'on pourrait presque

carpe diem
spiralbol spiralbol
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Envoyé le 25/02/2009 à 13:13


j\'ai lu récemment un petit bouquin qui m\'a fortement rappelé notre ami



Merci de cette comparaison flateuse , je suis tout émouvé là..... [:D]
lucke lucke
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Envoyé le 25/02/2009 à 18:30


Bonjour,

Un couteau dans la poche


moi qui ai toujours un couteau dans la poche , j\'ai aimé ...... [:)(]
........................<<br /><br /> picasaweb.google.com/augustin7530/PotagerEtc
quinte quinte
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Envoyé le 25/02/2009 à 18:59


Bonjour,

Les petits pois, les petits pois !

Celle du tapis roulant de Montparnasse ... j\'y pense chaque fois que j\'y suis dessus ! [:D]
riviera.beach riviera.beach
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Envoyé le 25/02/2009 à 20:16 Modifié par riviera.beach le 25/02/2009 à 


Amitiés !
J\'étais jeune et à l\'époque, il était de coutume d\'avoir son couteau dans la poche. A chaque repas celui-ci trônait gaillardement à côté de l\'assiette.
Je fûs un jour invité dans un grand restaurant de Paris. Dès mon installation à table, je sortis mon surin et le plaçais délicatement à droite de mon assiette.
Le maître des lieux m\'a fait remarquer que cet instrument n\'avait pas sa place sur cette table et me pria de le ranger.
Croyant être à l\'abri de tout défaut de goût, je me suis trouvé
humilié, persécuté, confus.
Le claquement de la lame qui se refermait fit tourner en ma direction
toutes les têtes installées aux tables voisines.

Il n\'est de si belles roses Qui ne deviennent gratte-culs
gaston gaston
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Envoyé le 27/02/2009 à 12:00


Bonjour,

Aider à écosser des petits pois.

C\'est presque toujours à cette heure creuse de la matinée où le temps ne penche plus vers rien. Oubliés les bols et les miettes du petit déjeuner, la cuisine est si calme, presque abstraite. Sur la toile cirée, juste un carré de journal, un tas de petits pois dans leur gousse, un saladier.
On n\'arrive jamais au début de l\'opération.
On traversait la cuisine pour aller au jardin, pour voir si le courrier était passé...
-Je peux t\'aider?
Ca va de soi. On peut aider. On peut s\'asseoir à la table familiale et d\'emblée trouver pour l\'écossage ce rythme nonchalant, pacifiant, qui semble suscité par un métronome intérieur. C\'est facile, d\'écosser les petits pois. Une pression du pouce sur la fente de la gousse et elle s\'ouvre, docile, offerte. Quelques-unes, moins mûres, sont plus réticentes - une incision de l\'ongle de l\'index permet alors de déchirer le vert et de sentir la mouillure de la chair dense, juste sous la peau faussement parcheminée. Après, on fait glisser les boules d\'un seul doigt. La dernière est si minuscule. Parfois, on a envie de la croquer. Ce n\'est pas bon, un peu amer, mais frais comme la cuisine de onze heures, cuisine de l\'eau froide, des légumes épluchés — tout près, contre l\'évier, quelques carottes nues brillent sur un torchon, finissent de sécher.

Alors on parle à petits coups, et là aussi la musique des mots semble venir de l\'intérieur, paisible, familière. De temps en temps, on relève la tête pour regarder l\'autre, à la fin d\'une phrase; mais l\'autre doit garder la tête penchée - c\'est dans le code. On parle de travail, de projets, de fatigue- pas de psychologie. L\'écossage des petits pois n\'est pas conçu pour expliquer, mais pour suivre le cours, à léger contretemps. Il y en aurait pour cinq minutes, mais c\'est bien de prolonger, d\'alentir le matin, gousse à gousse, manches retroussées. On passe les mains dans les boules écossées qui remplissent le saladier. C\'est doux; toutes ces rondeurs contiguës font comme une eau vert tendre, et l\'on s\'étonne de ne pas avoir les mains mouillées. Un long silence de bien-être clair, et puis:
-Il y aura juste le pain à aller chercher.
carpe diem
spiralbol spiralbol
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Envoyé le 27/02/2009 à 12:14


REVEILLE - TOI
Elle ne semble pas me reconnaître, ou fait semblant, oui c’est ça, elle fait semblant…

Je comprends très bien qu’elle ait pu m’oublier, puisque moi je l’avais oubliée aussi. Mais là, non. Elle ne me fera pas croire que de se revoir, elle ne se rappelle rien…Ce n’est pas possible.

On ne peut pas oublier des sensations pareilles, c’est trop fort, trop perturbant, trop intense, trop trop…

Tellement trop que j’ai oublié tout le reste, mon nom, mon âge, où je suis, qui je suis même, j’ai tout oublié, tout, tout, tout, sauf….elle… avant.

Avant, quand ? je ne sais plus. Ça aussi je l’ai oublié, mais ce qui est sûr c’est que tous les deux, c’était très fort, très très fort.

Elle ne peut pas ne pas se rappeler ça, ou elle fait semblant, perturbée par ce sentiment si intense qui l’envahie comme il m’a envahi à l’instant même où je l’ai revu.

A moins que ce sentiment si profond ne soit pas partagé. Non pas possible, c’était trop fort. C’était partagé, j’en suis sûr.

Il faut, à tout prix, que je lui parle seule, les yeux dans les yeux, pour voir dans ses yeux si c’est, pour elle comme pour moi, la même chose, ce même raz-de-marée qui a balayé tout le reste.

Pourquoi nous sommes-nous éloignés l’un de l’autre ? Ce sentiment si fort, qui m’explose la tête, devait nous rendre inséparables, devait faire un seul être de nous deux.

A moins que, trop jeunes nous n’ayons pas su prendre conscience de ça, de ce qui nous arrivait. Ma jeunesse ignorante, tu m’as encore fait un pied de nez !

La vie nous a ballotté, elle à droite, moi à gauche, sans que cela laisse un vide quelque part. Et pourtant, en la voyant aujourd’hui, ce vide est là et me donne le vertige.

Chacun a rempli ce vide avec une autre vie, d’autres gens, d’autres sentiments, d’autres pensées, plein d’autres choses. Mais toutes ces choses, pour moi aujourd’hui, se sont effacées, gommées par ce sentiment profond resurgi de nulle part, qui me déroute.

Allez, réveille- toi, réveille en toi tout ce qui s’est réveillé en moi ! On ne peut passer à côté de ça, on est déjà passé à côté de trop de choses, l’un sans l’autre.

Réveille-toi, oui réveille-toi ……

Et c’est moi qui me réveille…drôle de rêve….perturbant, surprenant, troublant…

Tellement troublant que, même réveillé, j’ai encore ce sentiment en moi, seulement le sentiment, parce que, elle, elle a disparu. Je ne me souviens même pas du visage qu’elle avait dans mon rêve.

Etrange, …

Tellement étrange que, durant un très long moment, j’ai trituré mes souvenirs pour essayer de la retrouver dans mon passé.

Mais non, soyons logiques, une personne capable de vous faire éprouver de tels sentiments, ça ne s’oublie pas. C’est donc un pur effet de mon imagination, un rêve, le rêve d’un profond désir perdu.

Dommage, c’était beau…tiens je vais me recoucher, sait-on jamais….

gaston gaston
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Envoyé le 27/02/2009 à 15:39


Bonjour,

waou ! (+) (+) (+) (+)
carpe diem
aquali aquali
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Envoyé le 28/02/2009 à 14:58


Moi, je préfère la prose de Spiralbol. Disons que les deux sont de même valeur, mais je préfère celle de Spiralbol ! [;)]

gaston gaston
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Envoyé le 28/02/2009 à 15:11


Bonjour,

c\'est différent...et complémentaire, je dirais
carpe diem
spiralbol spiralbol
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Envoyé le 28/02/2009 à 16:07


je suis tout émouvé la [8D]

je sais qu\'AQUALI est une fan , ça fait un bout de temps que je n\'ai pas écrit quelque chose....

je n\'y arrive pas , ce n\'est pas faute d\'essayé , mais non , rien a faire .

en me forçant un peut je pourrais trés bien taper queque lignes, mais voila , je n\'aime pas me forcer ...

tout ce que j\'ai écris jusque là , je l\'ai fait à l\'arrache , c\'était du spontanée , écrit en un rien de temps ( il en fallut plus pour mettre en forme apres [;)] comme si ces textes étaient déja écrit dans ma tête. Il sont a tel point spontanée que parfois en me relisant je ne me rapel même plus les avoir écris , tout du moins dans la forme, pour l\'idée je m\'en souvient quand même , parce que la ce serait grave [;)]

seulement voila dans ma tête depuis un bout de temps , il n\'y plus rien ...

et c\'est la raison principale pour laquel je n\'aime pas me forcer, parce qu\'en me relisant , j\'ai l\'impression que ça ce sent , que mon texte a perdu ce coté spontané.

tenez par exemple , ça c\'était du spontané et prouve s\'il est était besoin , que de ne plus rien écrire n\'est pas un signe de paresse

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NE RIEN FAIRE M\'ÉPUISE



C\'est fou les préjugés que peuvent avoir les gens en général sur les attitudes des autres. Ils ne jugent notre vie que d\'après la leur, vous octroyant des travers ou des qualités qu\'en fonction de ce qu\'ils vivent eux même.

Vous vous trouvez alors vite catalogué dans une rubrique qui ne vous concerne pas, et ceci uniquement pour bien vous faire comprendre que si catégorie il y a, vous ne faites pas partie de la leur.

Prenez la paresse, par exemple, on a coutume de dire que c\'est un manque de volonté, de courage. Mais on se goure, ceux qui n\'arrêtent pas de la journée, qui courent par monts et par vaux sont à mille lieues de s\'imaginer combien la paresse réclame d\'effort.

Si la paresse consistait simplement à ne rien faire, ce serait simple. Mais hélas cela l\'est beaucoup moins quand il s\'agit d\'échapper à toutes ces petites choses qui fatiguent. Si physiquement elle paraissent acceptables, moralement elle le sont pas du tout.Et la paresse c\'est moralement qu\'elle s\'exprime le mieux.Cela réclame toute une organisation, énormément d\'imagination, une logistique digne des plus grand stratège militaire.

Cela n\'est pas permis à tout le monde de profiter pleinement de la paresse et j\'en sais quelque chose.

La vaisselle tiens, voila qui me fatigue ; nettoyer tous les jours, assiettes, verres, fourchettes, casseroles, j\'en passe des plus grasses et plus collantes, moi ça m\'éreinte. Pour échapper à cette corvée épuisante, ça na pas été simple. La solution toute trouvée était le lave-vaisselle. Mais là encore il a fallu investir. Cet appareil ménager apte à m\'offrir un repos quotidien indispensable à mon état de santé moral, méritait que je m\'y attarde.

Cela m’a pris au moins deux mois avant de trouver l\'engin idéal ; à savoir un lave-vaisselle à tiroir amovible, et qui plus est vendu avec un tiroir supplémentaire.

Les vendeurs, des courageux en apparence, eux, ne comprenaient pas exactement le but de ce deuxième tiroir, prétextant à juste titre, que l\'appareil ne pouvait de toute façon n\'en contenir qu\'un, et ne voyaient donc pas l\'utilité d’un deuxième. Moi si.

J\'ai fini par trouver, et j\'ai installé ce vecteur de repos dans la cuisine en mettant le deuxième tiroir sur le dessus, dans lequel j\'ai installé toute ma vaisselle. Désormais je prends chaque jour ce dont j\'ai besoin et une fois sale, je le met à l\'intérieur la machine. Quand le haut est vide, je mets la mécanique en route, et à la fin du processus, j\'inverse les tiroirs.

Il fallait y penser, j\'y ai pensé, et seul un cerveau partisan du moindre effort pouvait en tirer cette conclusion. Un courageux lui, se serait contenté d\'une machine classique l\'obligeant à faire une vaisselle mécanique presque tous les jours, ce qui globalement n\'aurait pas résolu le problème de la fatigue généré par la répétition quasi quotidienne de cette corvée.

Mais ce n\'est pas tout. Le fait d\'avoir à générer toute ça, batterie de cuisine, de manière a repousser le plus loin possible le moment tant redouté du lavage, génère un autre inconvénient auquel je n\'avais absolument pas pensé au départ, et qui se révéla bien vite. Celui de l\'alimentation. Là encore il a fallu que je réfléchisse, impossible de manger n\'importe quoi, n\'importe comment. Si je me tapais un steak, cela impliquait que je ne pouvais plus manger de grillade, tant que je n\'aurais pas utilisé le reste des gamelles.

Faire les courses dans ces conditions, ce n\'est pas simple. Là ou un courageux achèterait en fonction de ces envies sachant qu\'il aurait toujours un récipient pour la cuisson, moi je compose avec, mes envies, les saisons, et les gamelles disponibles. Cela réclame un gros effort intellectuel et surtout beaucoup de mémoire.

Et de la mémoire il en faut, parce que la vaisselle n\'est pas le seul problème à résoudre pour satisfaire à la paresse. Il y à le linge aussi, et là c\'est un gros morceau. Comme pour l\'alimentation, on ne peut pas faire n\'importe quoi. Le but étant de faire le moins de lessives possible; cela implique que vos fringues soient compatibles devant la lessive. Les tissus exotiques à lavage délicat sont exclus tout comme ceux aux couleurs chatoyantes aptes reteindre tout le reste de la même couleur. Le but à atteindre étant de pouvoir tout laver ensemble en une seule fois.

Même la gestion de la garde-robes réclame des efforts. Impossible de s\'habiller n\'importe comment, il faut tenir compte des saisons et des fringues disponibles. En automne, par exemple, saison aux variations climatiques assez fréquentes par excellence. Si un matin il fait un peu frisquet, vous ne pouvez pas prendre le risque de mettre le dernier pull propre qu\'il vous reste, sans avoir au préalable consulté la météo pour savoir si une journée plus froide se profile à l\'horizon.

En plus il faut se rappeler de la panoplie disponible, si vous mettez des sous-vêtements clairs avec des fringues foncées, ce n\'est pas trop grave. Mais vous risquez d\'avoir l\'air d\'un plouc quand il ne vous reste plus à la fin de la procédure d\'épuisement de l\'armoire, que des sous-vêtements foncés avec des fringues claires.

Quand je vous le dis que la paresse réclame beaucoup d\'effort.

Et ces démarches fatigantes que sont les vadrouilles en villes pour des raisons diverses, c\'est la même chose. Hors de question d\'aller en ville tous les jours parce que j\'ai rendez vous, chez le coiffeur, à la banque, avec mon assureur, chez le médecin, que sais-je encore. Rien que de savoir qu\'il va falloir que je tourne en rond pendant des heures pour trouver une place, qui sera bien entendu loin du point de rendez vous, m\'obligeant à une marche épuisante, j\'en suis malade.

La gestion de toute cette fatigue potentielle oblige à avoir un carnet de rendez-vous très sévère, afin de rassembler un maximum de choses le même jour, pour ne le faire qu\'en une seule fois. Cela implique beaucoup de coups de téléphone, de ne prendre des engagements qu\'à condition que ceux-ci soit dans une tranche horaire compatible avec vos occupations déjà planifiées.

Pas simple à assumer la paresse je vous dis.Et il y a le ménage encore, passer l\'aspirateur tous les jours ? Autant me tirer une balle dans la tête tout de suite. Et comme la paresse n\'est pas synonyme de bordel, si je veux que mon intérieur conserve un aspect respectable, je dois composer. Aucun meuble ne doit être au ras du sol, m\'offrant la possibilité, d\'un coup de pied agile de glisser dessous, tout ce qui traîne à terre, en attendant de le ramasser plus tard, et de préférence, le plus tard possible. Mais ils ne doivent pas être trop haut non plus sinon ces poubelles provisoires sont visibles et cela fait négligé.

L\'aménagement intérieur aussi doit être très élaboré, aucun meuble ne doit être contre un mur, cela risque d\'être très fatiguant, le moment du nettoyage venu, de le pousser pour récupérer ce que j\'aurais glissé en dessous. Et si cela s\'impose, le choix du dit meuble à déplacer doit être fait en tenant compte de la légèreté du matériau qui le compose, de préférence très léger, ainsi que de son encombrement. C\'est toute une stratégie. Après il faut faire avec et s\'arranger pour ne pas être esclave du moindre grain de poussière qui traîne, ne pas donner de l\'importance qui se transforme vite en fatigue, pour des chose qui n\'en n\'ont pas.

Comme le dit si bien une demoiselle de ma connaissance, dont je tairai l\'identité par soucis de discrétion :- Quand mon copain rentre à la maison, si je l\'accueille avec un déshabillé vaporeux de satin rose, la seule chose qui l\'intéresse, ce n\'est certainement pas de savoir si j\'ai ramassé la cacahuète qui est tombée sous le canapé deux jours avant.

Sagesse populaire que je fais volontiers mienne, qui prouve en passant, et la demoiselle me pardonnera cette virgule, que paradoxalement, on peut faire une partie de jambes en l\'air, et garder les pieds sur terre.

Tout est une question de réflexion, d\'expérience, et d\'analyse. La paresse ça ne s\'improvise pas, ça ce cultive, ça s\'adapte en fonction des priorités. Ne rien faire est un effort permanent.

En attendant, c\'est samedi soir, il est 20h, n\'ayant pas prévu la casse dans l\'analyse de la vaisselle, je ne n\'ai rien mangé depuis ce matin faute de saladier, réduit en miette au milieu de la cuisine, miettes qui n\'ont pas trouvé de meuble assez haut pour se cacher dessous. Je suis dans mon canapé aussi effondré que moi. A moitié nu à cause d\'une surestimation de la durée de vie d\'un pantalon et la sous-estimation de celle d\'un baril de lessive.

Je regarde mon bureau étouffant sous le poids de la paperasse au milieu duquel le planning de la semaine prochaine m\'insulte avec des jours, victime d\'une indigestion de rendez-vous.

Je n\'ai rien fait de la semaine, et pourtant.

Je suis crevé.........


gaston gaston
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Envoyé le 28/02/2009 à 16:42


Bonjour,
celui là c\'est vrai qu\'il était top ! [:D]
je me suis permis de le placer, ailleurs (mais en citant mes sources)


....mais le rêve n\'était pas mal non plus
carpe diem

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